Zos. l. 4, c. 1.
Idat. chron.
Chron. Alex. vel Paschal. p. 301.
Socr. l. 4, c. 1.
Philost. l. 8, c. 8.
Till. Valent. not. 11.
Valentinien, ayant donné ordre qu'on se préparât à partir dans deux jours, assembla les principaux officiers pour les consulter sur le choix de celui qu'il devait associer à l'empire: il avait déjà pris son parti. Son frère Valens, de sept ans plus jeune que lui, avait quelques vertus de particulier, nulle qualité d'un prince. Il était chaste, fidèle et constant dans l'amitié; mais lent, paresseux, timide, avare; sans génie pour trouver par lui-même des expédients, quoiqu'il eût l'esprit assez juste pour discerner le meilleur conseil; sans usage des affaires, dont il avait une aversion naturelle; sans connaissance des lettres, ni même de l'art militaire[414]. Il parut équitable, jusqu'à ce qu'il fût le maître de commettre impunément des injustices. Il faisait consister la fermeté d'ame dans une dureté sauvage, le zèle de la justice dans une colère souvent aveugle, la douceur du caractère dans la facilité à se laisser conduire par des flatteurs. Il avait le teint basané, un œil couvert d'une cataracte, la taille médiocre, un peu trop chargée d'embonpoint, les jambes de travers. Malgré les défauts de Valens, la tendresse fraternelle l'emportait dans le cœur de Valentinien sur l'intérêt de l'état. D'ailleurs il ne craignait pas le parallèle, et il s'attendait bien à conserver la supériorité sur un tel collègue. Avant que de se déclarer, il aurait souhaité qu'on eût provoqué son choix, en lui conseillant de jeter les yeux sur Valens. C'était dans ce dessein qu'il consultait ses généraux. Cette ruse politique n'eut pas le succès qu'il espérait. Tous gardèrent un profond silence; le seul Dagalaïphe osa lui dire: Prince, si vous chérissez votre famille, vous avez un frère; si vous aimez l'état, cherchez le plus capable[415]. Cette franchise piqua vivement l'empereur; mais il sut dissimuler son chagrin, et partit pour Constantinople. En passant par Nicomédie, il donna à Valens la charge de grand-écuyer avec le titre de tribun[416]. Le 28 de mars[417], peu de jours après son arrivée à Constantinople, il assembla toutes les troupes dans la place de l'Hebdome. Ce nom veut dire septième: on l'avait donné à un bourg situé à sept milles de Constantinople vers le midi, au bord de la mer. Ce lieu était orné de beaux édifices et d'une grande place destinée aux assemblées, aux exercices des soldats, aux exécutions des criminels. Valens dès la première année de son règne, y fit élever un tribunal décoré de statues, de peintures et de degrés de porphyre. Ce fut de dessus ce tribunal que ses successeurs haranguèrent leurs troupes dans les occasions importantes; ce fut là que se fit aussi dans la suite la proclamation des empereurs. Valentinien conduisit Valens à l'Hebdome, et là il le déclara Auguste avec une approbation générale, parce qu'il eût été dangereux de paraître désapprouver son choix. L'ayant revêtu des habits impériaux et ceint du diadème, il le ramena dans son char à Constantinople. Valens répondit parfaitement aux intentions de son frère: devenu son collègue, il continua de se regarder comme son inférieur; et moins par vertu que par incapacité, il n'osa jamais lui disputer l'avantage que lui donnait le mérite[418]. Les deux empereurs prirent le nom de Flavius, attaché aux successeurs de Constantin.
[414] Subagrestis ingenii, nec bellicis, nec liberalibus studiis eruditus. Amm. Marc., l. 31, c. 14. Voyez ci-devant, p. 198, note 1, livre XVI, § 4.—S.-M.
[415] Si tuos amas, imperator optime, habes fratrem; si rempublicam, quære quem vestias. Amm. Marc. l. 26, c. 4.—S.-M.
[416] Nicomediam itineribus citis ingressus, Valentem fratrem stabulo suo cum tribunatus dignitate præfecit. Amm. Marc. l. 26, c. 4.—S.-M.