«Braves défenseurs de nos provinces, vous venez de m'honorer du diadème. Je connais tout le prix de cette préférence, à laquelle je n'ai jamais aspiré. Toute mon ambition s'était bornée à me procurer la satisfaction intérieure qui couronne la vertu. Il dépendait de vous tout à l'heure de me choisir pour votre souverain; c'est à moi maintenant à décider des mesures qu'il faut prendre pour votre sûreté et votre gloire. Ce n'est pas que je refuse de partager ma puissance: je sens tout le poids de la couronne; je reconnais qu'en m'élevant sur le trône, vous n'avez pu me placer au-dessus des accidents de l'humanité. Mais votre élection ne se soutiendra qu'autant que vous me laisserez jouir des droits dont vous m'avez revêtu. J'espère que la Providence, secondant mes bonnes intentions, m'éclairera sur le choix d'un collègue digne de vous et de moi. Vous savez que, dans la vie privée, c'est une maxime de prudence, de n'adopter pour associé que celui dont on a fait une sérieuse épreuve. Combien cette précaution est-elle plus nécessaire pour le partage du pouvoir souverain, où les dangers sont si fréquents et les fautes irréparables? Reposez-vous de tout sur ma vigilance. En me donnant l'empire, vous ne vous êtes réservé que l'honneur d'une fidèle obéissance. Songez seulement à profiter du repos de l'hiver pour rétablir vos forces, et vous préparer à de nouvelles victoires.» La noble fermeté de ce discours arrêta les murmures. Il fit en même temps aux troupes les largesses que les empereurs avaient coutume de répandre à leur avénement à l'empire. Il acquit dès lors toute l'autorité, qu'aurait pu procurer un long règne soutenu avec dignité; et ces fières cohortes, qui un moment auparavant prétendaient lui commander, frappées d'une impression de respect qui dura autant que sa vie, le conduisirent au palais, au milieu de leurs aigles et de leurs enseignes, avec toutes les marques d'une entière soumission.
IX.
Il retient Salluste dans la préfecture.
Zon. l. 13, t. 2, p. 29.
Personne n'avait contribué autant que Salluste à l'élévation de l'empereur. Dès que cet ami généreux le vit assuré sur le trône, il lui demanda pour récompense de ses services la permission de se démettre de la préfecture, et de passer en repos le reste de sa vieillesse: Eh! quoi, lui répondit Valentinien, ne m'avez-vous donc chargé d'un si pesant fardeau, que pour m'en laisser accablé, sans vouloir m'aider à le soutenir? Il refusa constamment de consentir à la retraite de Salluste: heureux s'il n'eût jamais trouvé que de ces ministres qui ne se servent pas eux-mêmes en servant le prince, et qui n'aperçoivent dans leur emploi que les obligations qu'il leur impose.
X.
Il prend pour collègue son frère Valens.
Amm. l. 26, c. 4, et l. 31 c. 14.
Vict. epit. p. 229.
Themist. or. 6, p. 71 et or. 8, p. 119 et 120.