[446] Pour aller de là à Antioche; selon Socrate (l. 4, c. 2), et Sozomène (l. 6, c. 7), Valens aurait été cette année-là en Syrie; mais il est évident qu'ils se sont trompés.—S.-M.
[447] Il fut dans la suite préfet de Constantinople. On apprend de saint Basile (epist. 272, t. 3, p. 418) qu'il était né à Césarée en Cappadoce.—S.-M.
XXVIII.
Aventures de Procope.
Amm. l. 26, c. 6.
Zos. l. 4, c. 4 et 5.
Themist. or. 7, p. 90.
Philost. l. 9, c. 5.
Procope, né et élevé en Cilicie, était parent de Basilina, mère de Julien. Une alliance si illustre jeta de l'éclat sur sa personne dès ses premières années; et son intelligence dans les manéges de cour le fit parvenir auprès de Constance à la dignité de secrétaire du prince et de tribun. Il était assez bien fait, d'une taille avantageuse, mais un peu courbé, toujours les yeux baissés vers la terre. Il n'y avait point de grade auquel il ne pût aspirer, lorsque Constance mourut. Cet événement, loin de renverser sa fortune, éleva encore plus haut ses espérances. Julien lui donna le titre de comte. La régularité de ses mœurs le faisait estimer, mais son humeur sombre et taciturne inspirait de la défiance[448]. Cependant Julien se sentait trop de supériorité sur lui pour le craindre: il le laissa en Mésopotamie à la tête d'un corps de troupes considérable. On disait même, comme nous l'avons déja raconté, qu'il lui avait donné ordre de prendre la pourpre, s'il apprenait que l'empereur fût mort dans la guerre de Perse. En effet, sa conduite à l'égard de Julien qu'il ne secourut pas, peut faire penser qu'il avait quelque intérêt à le laisser périr. Si le fait est véritable, sa criminelle politique fut trompée. Jovien ne fut pas plus tôt monté sur le trône, que Procope songea à se mettre à couvert de ses soupçons. Il s'était répandu un faux bruit, que Julien en mourant avait désigné Procope pour son successeur[449]. Il n'en fallait pas tant pour alarmer le nouveau prince qui venait de faire périr un des plus braves officiers, parce que dans l'élection il avait eu quelques voix en sa faveur. Procope prit donc occasion des funérailles de Julien, dont il fut chargé, pour s'éloigner de la cour et se tenir caché, en attendant des temps plus favorables. Il se retira d'abord avec sa femme et ses enfants dans une terre qu'il possédait près de Césarée en Cappadoce. Jovien, à qui sa fuite le rendait plus suspect, en fut bientôt averti, il envoya des soldats pour le prendre et le ramener. Le fugitif se mit lui-même entre leurs mains, et protestant qu'il était prêt à les suivre, il obtint la permission de faire ses adieux à sa femme et à ses enfants. Il fit en même temps servir aux soldats un grand repas, et profitant de leur ivresse, il gagna le Pont-Euxin avec sa famille et passa dans la Tauride[450]. Il ne fut pas long-temps à s'apercevoir qu'il avait affaire à des Barbares perfides, qui ne manqueraient pas de le trahir à la première occasion. Il prit donc le parti de repasser avec les siens dans l'Asie Mineure. Là, changeant tous les jours de retraite, évitant la rencontre des hommes, caché dans les forêts, dans les cavernes, dans les rochers les plus inaccessibles, il vécut quelque temps d'herbes et de fruits sauvages. Enfin, pressé de la faim et réduit à la plus affreuse misère, il se détermina à se rapprocher de Chalcédoine par des sentiers écartés. Il n'avait de ressource que dans la fidélité d'un ami qui vivait à la campagne sur le territoire de cette ville. Cet ami, nommé Stratégius, était un ancien officier du palais, qui s'était retiré avec le titre de sénateur[451]. Le malheureux proscrit lui confia sa vie et sa famille. Il se tint aussi quelque temps caché dans une terre de l'hérétique Eunomius, qui étant alors absent prétendit dans la suite n'en avoir eu aucune connaissance. De cette retraite il passait souvent à Constantinople, où sa maigreur extrême et son extérieur déplorable le déguisaient assez pour empêcher qu'il ne fût reconnu. Il y recueillait avec une joie secrète les murmures du peuple qui détestait le gouvernement.
[448] Apparebat eum, si umquam potuisset, fore quietis publicæ turbatorem. Amm. Marcell. l. 26, c. 6.—S.-M.