[Sapor attaque l'Arménie.]
[Amm. l. 25, c. 7 et l. 27, c. 12.
Faust. Byz. l. 4, c. 21.
Mos. Chor. l. 3, c. 36.]
—[Cet événement tira le roi de Perse d'embarras: de suppliant il devint le maître d'imposer aux Romains de dures conditions; mais il préféra une modération apparente, qui livrait un royaume entier à son ambition et à sa vengeance. Peu de temps après que le traité eut été conclu et mis à exécution, ses troupes filèrent vers le nord pour tomber sur l'Arménie, laissée à ses seules ressources. Cependant ce ne fut pas uniquement à la force que Sapor fut redevable de ses succès. Il connaissait assez bien l'Arménie pour savoir qu'il n'était pas facile de pénétrer dans un pays hérissé de montagnes escarpées, coupé de vallées[559] profondes et de torrents rapides, et rempli de tant de difficultés naturelles, qu'il présentait presque partout aux habitants d'excellents moyens de défense. C'était en pratiquant des intelligences dans ce royaume, en le minant par de secrètes intrigues, en le fatiguant par de soudaines irruptions, renouvelées souvent sur une multitude de points à la fois, que Sapor pouvait espérer d'en achever la conquête[560]. Il voulait que la nation accablée, épuisée s'en prît à son roi de tous les maux qu'elle éprouvait. Pour désunir les dynastes du pays, et les armer contre leur souverain, ou les uns contre les autres, il flattait ceux-ci, attaquait ceux-là, portant partout la terreur et le désordre[561]. Les deux apostats, Méroujan l'Ardzrounien[562], et Vahan le Mamigonien[563], le secondèrent puissamment dans l'exécution de ses desseins. Les vastes possessions du premier lui ouvraient un passage jusque dans le centre du pays. L'ambition, la soif de la vengeance et la haine que Méroujan nourrissait contre le christianisme, furent les meilleurs auxiliaires de Sapor. Les liens de parenté qui unissaient les deux rebelles avec les grandes familles, pour la plupart ennemies du roi, favorisaient les succès de Méroujan. Pour l'encourager davantage, Sapor le flattait de l'espoir de monter sur le trône d'Arménie après la soumission complète du royaume, et sa sœur Hormizdokht, qu'il lui avait donnée en mariage[564], était garante de ses promesses. Fier d'une aussi belle alliance[565], Méroujan, soit seul, soit uni aux Persans, ne cessait de porter le fer et le feu dans le cœur de l'Arménie. Les princes de la noble famille de Camsar[566] n'y étaient plus pour la défendre: égorgés, dépouillés, exilés par Arsace, réfugiés chez les Romains, ils étaient forcés d'être les spectateurs de la ruine de leur patrie; il ne leur était pas même permis de s'associer à ses malheurs.
[559] C'est à cette disposition physique que la plupart des provinces ou cantons de l'Arménie doivent les terminaisons de dsor, phor et hovid, qui entrent dans la composition de leurs noms. Ces mots signifient tous vallée, creux, enfoncement. Les auteurs anciens avaient déja fait cette remarque; car Strabon en racontant, l. 17, p. 532, que Tigrane, retenu dans sa jeunesse en otage chez les Parthes, n'avait recouvré sa liberté qu'au prix d'une portion de ses états, dit qu'il fut obligé de leur abandonner soixante-dix vallées, ἑβδομήκοντα αὐλῶνας, c'est-à-dire soixante-dix cantons.—S.-M.
[560] Voyez les passages d'Ammien Marcellin, rapportés ci-devant, p. 270, note 2, liv. XVII, § 3.—S.-M.
[561] Sollicitans quosdam optimatum et satrapas, alios excursibus occupans improvisis. Amm. Marc., l. 27, c. 12.—S.-M.
[562] Voyez t. 2, p. 236, l. X, § 19.—S.-M.
[563] Voyez t. 2, p. 239, l. X, § 20.—S.-M.