Amm. l. 27, c. 7.
Zos. l. 4, c. 12.
Idat. chron.
Vict. epit. p. 229.
Oros. l. 7. c. 32.
Socr. l. 4, c. 10.
Hier. Chron.
Chron. Alex. vel Pasch. p. 301.
Le rétablissement de l'empereur fit avorter tous ces projets. Ayant enfin recouvré la santé vers le mois d'août, il se rendit dans la ville d'Amiens [Samarobriva][620]. Le danger qu'il venait de courir, et les sollicitations de sa belle-mère et de sa femme le déterminèrent à nommer Auguste son fils Gratien[621]. Après avoir disposé les esprits à seconder ses intentions, il assembla ses soldats le 24 août dans une plaine aux portes de la ville; et étant monté sur un tribunal, environné des grands de sa cour, il prit par la main le jeune prince, et le présentant aux troupes: «C'est vous, dit-il, braves soldats, qui m'avez choisi par préférence à tant d'illustres capitaines: vous avez droit de prendre part à mes délibérations, et la tendresse paternelle attend aujourd'hui vos suffrages. Le souverain maître des empereurs et des empires, le protecteur de la puissance romaine qu'il rendra immortelle, m'inspire les plus belles espérances; et un projet que je n'ai conçu que pour votre sûreté, ne peut manquer de vous plaire. C'est sur cette double confiance que j'ai formé le dessein d'associer mon fils à l'empire. Vous le voyez depuis long-temps entre vos enfants, et vous l'aimez comme un gage précieux de la tranquillité publique. Il est temps qu'il en devienne l'appui; il est vrai qu'il n'est pas né comme nous dans les travaux, qu'il n'est pas endurci dans les fatigues de la guerre. Son âge ne l'en rend pas encore capable; mais son heureux naturel ne dément pas la gloire de son aïeul, et si je ne suis pas abusé par mon amour pour lui et par le désir ardent de votre félicité, voici ce que ses inclinations naissantes me promettent pour la prospérité de l'empire: cultivé par l'étude des lettres, il saura bientôt peser dans une juste balance les bonnes et les mauvaises actions; il fera sentir au mérite qu'il en connaît le prix; il entendra la voix de la gloire; il y courra avec ardeur: vos aigles et vos enseignes composeront son cortège ordinaire. Il saura supporter les incommodités des saisons, la faim, la soif, les longues veilles; il combattra, il exposera sa vie pour le salut des siens; et, rempli des sentiments de son père, il chérira l'état comme sa famille». L'ardeur des soldats interrompit l'empereur: chacun semblait partager avec Valentinien la tendresse paternelle; chacun voulait prévenir ses camarades par les témoignages de son amour. Ils proclamèrent tout d'une voix Gratien Auguste.
[620] Valentinien passa la plus grande partie de cette année à Rheims, on le voit par ses lois, qui jusqu'au 5 de juin sont datées de cette ville. Le 6 août il était à Nemasiæ, qu'on croit être un lieu appelé à présent Nemay, et qui n'est pas éloigné de Rheims. Une loi du 18 du même mois nous fait voir qu'il était alors à Amiens. C'est sans doute la maladie grave qu'il éprouva en cette année qui le retint si long-temps à Rheims ou dans ses environs.—S.-M.