[621] Gratianum filium, nec dum plene puberem, hortatu socrus et uxoris Augustum creavit. Aur. Vict. epit. p. 229.—S.-M.
XVI.
Paroles de Valentinien à son fils.
Alors l'empereur, transporté de joie, embrassant tendrement son fils, après lui avoir posé le diadème sur la tête et l'avoir revêtu des autres ornements impériaux, lui adressa ces paroles que le jeune prince écouta avec attention: «Vous voilà, mon fils, élevé à la dignité souveraine par la volonté de votre père et par le suffrage de nos guerriers. Vous ne pouviez y monter sous des auspices plus heureux. Collègue de votre oncle et de votre père, préparez-vous à soutenir le poids de l'empire; à franchir sans crainte à la vue d'une armée ennemie, les glaces du Rhin et du Danube; à marcher à la tête de vos troupes; à verser votre sang, et à exposer votre vie avec prudence, pour défendre vos sujets; à ressentir tous les biens et tous les maux de l'état, comme vous étant personnels. Je ne vous en dirai pas davantage en ce moment; ce qui me reste de vie, sera employé à vous instruire. Pour vous, soldats, dont la valeur fait la sûreté de l'empire, conservez, je vous en conjure, une affection constante pour ce jeune prince, que je confie à votre fidélité, et qui va croître à l'ombre de vos lauriers». Les acclamations se renouvelèrent: on comblait de louanges les deux empereurs. Les graces du jeune prince, la vivacité qui brillait dans ses yeux, attiraient tous les regards. Il méritait les éloges que lui avait donnés son père; et il aurait égalé les empereurs les plus accomplis, s'il eût vécu plus long-temps, et si sa vertu eût pu acquérir assez de maturité et de force, pour n'être pas obscurcie par les vices de ses courtisans. Valentinien lui conféra le titre d'Auguste, sans l'avoir fait passer, selon la coutume, par le degré de César: il en avait usé de même à l'égard de son frère Valens. L. Vérus était le seul jusqu'alors qui sans avoir été César eût été élevé au rang d'Auguste.
XVII.
Caractère du questeur Eupraxius.
Dans cette brillante proclamation, Eupraxius de Césarée, en Mauritanie[622], employé pour-lors dans le secrétariat de la cour[623], eut l'avantage de signaler son zèle. Il fut le premier à s'écrier: Gratien mérite cet honneur; il promet de ressembler à son aïeul et à son père[624]. Ces paroles lui procurèrent la questure, dignité beaucoup plus éminente alors qu'elle n'avait été du temps de la république, et qui renfermait une partie des fonctions attribuées parmi nous au chancelier de France. Eupraxius n'était cependant rien moins que flatteur. Il laissa au contraire de grands exemples d'une franchise inaltérable. Plein de droiture, attaché inviolablement aux devoirs de sa dignité, il fut aussi incorruptible que les lois, qui parlent toujours le même langage malgré la diversité des personnes[625], et ni l'autorité, ni les menaces d'un prince absolu, et qu'il était dangereux d'irriter, ne lui firent jamais trahir les intérêts de la vérité et de la justice.
[622] Cette ville est celle qui porte actuellement le nom d'Alger.—S.-M.
[623] Magister ea tempestate memoriæ. Amm. Marc. l. 27, c. 6.—S.-M.
[624] Ammien Marcellin est plus concis; il dit seulement, l. 27, c. 6: Familia Gratiani hoc meretur.—S.-M.