Cod. Th. l. 7, tit. 13, leg. 4, 5; l. 9, t. 40, leg. 10; l. 13, tit. 10, leg. 5.

Inexorable sur des objets qui méritaient plus d'indulgence, il fit brûler vif pour des fautes légères Dioclès, ancien trésorier-général de l'Illyrie[661]. Il condamna au même supplice ceux qui, par une lâcheté devenue pour-lors assez ordinaire, se coupaient les doigts pour se soustraire à la milice. Étant en Gaule, il fit défendre l'entrée de son palais à saint Martin, que le seul motif de charité y conduisait, pour intercéder en faveur des malheureux. L'innocence même fut plus d'une fois la victime de ses emportements. Un certain Diodore, qui avait été agent du prince, étant en procès avec un comte, le fit assigner à comparaître devant le vicaire d'Italie. Le comte partit pour la cour, et se plaignit au prince de cette audace. Sur cette plainte l'empereur, sans autre examen, condamna à la mort et Diodore, et trois sergents qui s'étaient chargés de la signification. L'arrêt fut exécuté à Milan. Les chrétiens honorèrent leur mémoire; et le lieu où ils furent enterrés, fut appelé la sépulture des innocents[662]. Quelque temps après, un Pannonien, nommé Maxentius, qui était apparemment en faveur auprès du prince, fut condamné dans une affaire, dans laquelle trois villes étaient intéressées. Le juge chargea les décurions de ces villes, d'exécuter promptement la sentence. Valentinien l'ayant appris, entra dans une violente colère; il ordonna qu'on fît mourir ces décurions; et rien ne les aurait sauvés, sans la noble hardiesse du questeur Eupraxius: Arrêtez, prince, lui dit-il, écoutez un moment votre bonté naturelle; songez que les chrétiens honorent en qualité de martyrs ceux que vous condamnez à la mort comme criminels. Florentius, préfet du prétoire de la Gaule, imita dans une autre rencontre cette généreuse liberté, aussi salutaire aux princes qu'à leurs sujets. L'empereur, irrité contre plusieurs villes pour une faute digne de pardon, commanda qu'on fît mourir dans chacune trois décurions: Et que fera-t-on, lui dit Florentius, s'il ne s'en trouve pas trois dans chacune de ces villes? Faudra-t-il attendre que ce nombre soit rempli, pour les mettre à mort? Ces paroles calmèrent la colère du prince. Ce fut pour Valentinien une faveur du ciel, d'avoir sous son règne plusieurs officiers vraiment zélés pour sa gloire, qui, d'un génie tout opposé à celui des courtisans, s'efforçaient d'adoucir la dureté de son caractère. Ce Florentius, fort différent de celui du même nom, qui s'était rendu si odieux du temps de Constance, ne s'occupait que du soulagement de sa province. Valentinien exigeait le paiement des impôts avec une rigueur impitoyable, et ne menaçait de rien moins que de la mort ceux que leur indigence mettait hors d'état de satisfaire. Florentius obtint cependant une loi pour modérer dans la Gaule la dureté des impositions; elle donnait à ceux qui se trouvaient trop chargés le temps de porter leurs plaintes aux juges des lieux, et de leur demander une taxation plus conforme à l'état de leur fortune.

[661] Ex comite largitionum Illyrici. Amm. Marc. l. 27, c. 7.—S.-M.

[662] Quorum memoriam apud Mediolanum colentes nunc usque Christiani, locum ubi sepulti sunt, ad innocentes appellant. Amm. Marc. l. 27, c. 7.—S.-M.

XXIV.

Rigueur de Valentinien dans l'exercice de la justice.

Il était inutile aux accusés de s'adresser à l'empereur pour obtenir des juges équitables: malgré les plus justes motifs de récusation, il ne manquait pas de les renvoyer devant leur juge ordinaire, quoique celui-ci fût leur ennemi personnel. Jamais il ne sut adoucir les punitions, jamais il n'accorda de grace à ceux qui étaient condamnés. C'était devant lui presque une même chose d'être accusé et d'être coupable. Les tortures qu'il employait pour avérer les crimes, égalaient la rigueur des supplices. Il répétait sans cesse, que la sévérité est l'ame de la justice, et que la justice doit être l'ame de la puissance souveraine. Il ne choisissait pas de dessein prémédité des hommes cruels et inhumains pour gouverner les provinces; mais lorsqu'il avait mis en place des officiers de ce caractère, loin de les contenir, il les animait par des louanges, il les exhortait par ses lettres à punir rigoureusement les moindres fautes. Ces funestes encouragements durent coûter la vie à plusieurs innocents. Saint Jérôme raconte fort au long l'histoire d'une femme de Verceil, faussement accusée d'adultère, qui ayant été condamnée à mort et frappée plusieurs fois du coup mortel, ne fut sauvée que par un miracle. Il paraît cependant qu'il eut quelques égards pour les sénateurs de Rome: ils étaient soumis à la juridiction du préfet de la ville; Valentinien se réserva par une loi la connaissance de leurs causes en matière criminelle.

XXV.

Prétextatus préfet de Rome.

Amm. l. 27, c. 9, et ibi Vales.