Cod. Th. l. 3, tit. 14, leg. unic. et ibi God.

Valentinien crut que le mêlange des Barbares contribuait encore à la corruption des mœurs. Les bords du Rhin et du Danube, dans toute l'étendue de leur cours, étaient couverts de nations féroces, qui, habitant des pays incultes et sauvages, regardaient comme une fortune de s'établir au-delà de ces fleuves sur les terres de l'empire. Il s'en introduisait un grand nombre dans les armées romaines, et surtout dans les troupes qui gardaient les frontières. La garde même des empereurs en contenait des corps entiers: ils s'unissaient aux Romains par des mariages, et tâchaient de faire ainsi disparaître la trace de leur origine. Il eût été dès lors difficile de décider lequel des deux partis gagnait davantage à ces alliances; et si la simplicité grossière de ces peuples du Nord ne valait pas bien la politesse abâtardie des Romains de ce temps-là. L'empereur en jugea selon les anciennes prétentions de la fierté romaine; il pensa que le sang de ses sujets s'altérait par ces mariages, et il les défendit par une loi.

XVIII.

Perfidie des Romains à l'égard des Saxons.

Amm. l. 28, c. 5.

Oros. l. 7, c. 32.

Chron. Hier.

Vales. rerum Franc. l. 1, p. 47.

Till. Valent. art. 23, n. 40.

C'était bien moins ces mésalliances, que la bassesse de cœur et la mauvaise foi qui dégradaient les Romains, et qui les faisaient dégénérer de leur ancienne noblesse. Plus de scrupule à violer les traités, plus de précautions pour voiler du moins la perfidie. Une multitude de Saxons, portée sur des barques légères, vint se jeter dans la Gaule sur la côte de l'Océan, et s'avançant le long du Rhin, désolait toute la contrée. Le comte Nannéius, chargé de défendre cette frontière, accourut avec ce qu'il avait de troupes. C'était un guerrier expérimenté; mais comme il avait affaire à des ennemis déterminés et opiniâtres[858], ayant perdu dans les fréquentes rencontres une partie de ses soldats, et se voyant blessé lui-même, il envoya demander du secours à l'empereur qui était à Trèves. Le général Sévère[859] vint à la tête d'un corps considérable, et se rangea en bataille. La vue d'un si grand nombre de troupes, leur belle ordonnance, l'éclat de leurs armes et de leurs enseignes, jetèrent l'effroi parmi les Barbares; ils demandèrent la paix[860]. Après une longue délibération, on consentit à leur accorder une trève: selon la convention qu'on fit avec eux, on incorpora aux troupes romaines l'élite de leur jeunesse[861], et on permit aux autres de retourner dans leur pays. Pendant qu'ils se disposaient à partir, on détacha à leur insu un corps d'infanterie pour leur dresser une embuscade, et les tailler en pièces dans un vallon, qui se trouvait sur leur passage au-delà du Rhin, près de Duitz [Deusone][862], vis-à-vis de Cologne. Cette perfidie réussit: mais elle coûta plus de sang qu'on ne s'y était attendu. Les Saxons marchaient sans crainte et sans défiance sur la foi du traité; et ayant passé le Rhin ils étaient déja sur les terres des Francs leurs alliés. A leur approche quelques soldats sortis trop tôt de l'embuscade, leur donnèrent le temps de se reconnaître; les Romains poussés vivement par les Barbares, qui fondirent sur eux avec de grands cris, prirent la fuite. Mais bientôt soutenus par leurs camarades, qui vinrent se joindre à eux, ils retournèrent sur l'ennemi, et combattirent avec courage. Malgré leurs efforts, ils allaient être accablés par le nombre, si un gros escadron de cavaliers, qu'on avait postés sur l'autre bord du vallon, ne fût promptement accouru aux cris des combattants. Ce renfort rassura l'infanterie. On se battit avec fureur. Les Saxons, enveloppés et pris comme dans un piége, se défendirent jusqu'au dernier soupir. Tous, sans exception, furent victimes de la mauvaise foi de leurs ennemis; et ce qui montre jusqu'à quel point la morale romaine était alors corrompue, c'est que cette victoire plus honteuse qu'une défaite, a trouvé un apologiste dans Ammien Marcellin, l'historien d'ailleurs le plus sage et le plus judicieux de ce temps-là[863].