Amm. l. 29, c. 3.
Hier. chron.
La rigueur de Valentinien croissait tous les jours. Maximin, préfet des Gaules, aigrissait de plus en plus son naturel dur et impitoyable. Les accès de sa colère devenaient plus fréquents, et se marquaient dans le ton de sa voix, dans l'altération de son visage, dans le désordre de sa démarche[895]. Ceux qui jusqu'alors avaient par leurs sages remontrances travaillé à modérer ses emportements, n'osaient plus ouvrir la bouche: il n'écoutait que Maximin. Il fit assommer un de ses pages pour avoir dans une chasse découplé un chien plutôt qu'il ne fallait. Un chef de fabrique lui ayant présenté une cuirasse de fer très-bien travaillée, s'attendait à en être récompensé: il fut mis à mort parce que la cuirasse pesait un peu moins que Valentinien n'avait ordonné. Octavianus qui avait été proconsul d'Afrique[896], encourut la disgrace du prince. Un prêtre chrétien, chez qui il se tenait caché, n'ayant pas voulu le découvrir, eut la tête tranchée à Sirmium. Constantianus, écuyer de l'empereur, fut lapidé pour avoir changé, sans sa permission, quelques chevaux de son écurie. Athanase était un cocher du Cirque fort renommé: ses partisans formaient des cabales en sa faveur. Valentinien le menaça du feu s'il donnait occasion à quelque émeute; et peu de jours après il lui fit souffrir ce supplice sur un simple soupçon de magie. Africanus, célèbre avocat, ayant obtenu un gouvernement, en demandait un autre plus considérable: cette ambition pardonnable et très-ordinaire lui coûta la vie. Comme Théodose sollicitait pour lui: Eh! bien, dit l'empereur, puisqu'il n'est pas content de sa place, je vais lui en donner une autre; qu'on lui abatte la tête[897]. Cet ordre cruel fut exécuté. Claude et Salluste, tribuns de la garde, furent accusés d'avoir parlé en faveur de Procope lorsqu'il s'était révolté. Le conseil de guerre fut chargé de leur faire le procès. Comme on ne trouvait pas de preuves contre eux, l'empereur ordonna aux juges de condamner Claude à l'exil et Salluste à la mort, promettant de leur accorder leur grace. Les juges obéirent; mais Valentinien ne tint pas sa parole. Salluste fut décapité, et Claude ne revint d'exil qu'après la mort de l'empereur. Il fit périr dans les tourments de la question plusieurs personnes dont on reconnut trop tard l'innocence. Il employait, contre la coutume, des officiers de ses gardes pour arrêter les accusés; et ils répondaient sur leur vie du succès de leur commission. Mais ce qui met le comble à la barbarie, et ce qui rend ce prince presque comparable à Maximien Galérius, c'est qu'il avait deux ourses très-carnassières[898], qu'il nourrissait de cadavres. L'une portait le nom de Mica[899], l'autre d'Innocentia. Il prenait grand soin de ces cruels animaux; il avait fait placer leurs loges à côté de son appartement; des esclaves étaient chargés de les servir et d'entretenir leur férocité. Après quelques années, il donna la liberté à Innocentia, et la fit lâcher dans les forêts, étant, disait-il, content de ses services[900].
[895] Adeò ut irascentis sæpè vox et vultus et incessus mutaretur et color. Amm. Marc. l. 29, c. 3.—S.-M.
[896] Julien lui avait donné cette charge en l'an 363.—S.-M.
[897] Abi, inquit, comes: et muta ei caput, qui sibi mutari provinciam cupit. Αmm. Marc. l. 29, c. 3.—S.-M.
[898] Duas haberet ursas sævas hominum ambestrices. Amm. Marc. l. 29, c. 3.—S.-M.
[899] Mica aurea, c'est-à-dire la miette d'or.—S.-M.
[900] Innocentiam denique, post multas quas ejus laniatu cadaverum viderat sepulturas, ut benemeritam in silvas abire dimisit innoxiam. Amm. Marc. l. 29, c. 3.—S.-M.
XXV.