Dans le même temps Térentius [avec douze légions] remenait Sauromacès en Ibérie[920]. Comme il approchait du fleuve Cyrus[921], Aspacurès vint offrir de partager le royaume avec son cousin[922]: il protestait qu'il céderait volontiers tout le pays à Sauromacès, s'il ne craignait pour son fils[923], qui était en otage entre les mains des Perses. On envoya consulter l'empereur, qui, pour éviter une guerre, consentit au partage de l'Ibérie. Le Cyrus fit la séparation des états des deux princes[924]. Sauromacès prit pour sa part les provinces limitrophes de l'Arménie et de la Lazique[925]; il laissa à son cousin les pays qui confinaient à l'Albanie et à la Perse[926]. Sapor se plaignit hautement de l'infidélité des Romains, qui sans égard, disait-il, pour ses justes remontrances, envoyaient des troupes en Arménie contre la foi des serments, et disposaient en souverains du royaume d'Ibérie. Il déclara le traité rompu, et ne songea plus qu'à lever une armée, et à tirer des secours de ses alliés et de ses vassaux, afin de ruiner au printemps prochain toutes ces entreprises de la politique romaine[927].

[920] Quibus repudiatis, Sauromaces pulsus, ut antè diximus, Iberiæ regno, cum duodecim legionibus et Terentio remittitur. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.

[921] Ce fleuve, qu'on appelle à présent le Kour, traversait l'Ibérie dans toute sa largeur de l'ouest à l'est, et la divisait en deux parties presque égales, comme il fait actuellement pour la Géorgie. Les Géorgiens lui donnent le nom de Mtkvari. V. mes Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, t. 1, p. 38.—S.-M.

[922] Et eum amni Cyro jam proximum Aspacures oravit, ut sociâ potestate consobrini regnarent. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.

[923] Si les éditeurs d'Ammien Marcellin ont bien lu les manuscrits de cet auteur, ce dont j'ai beaucoup de raisons de douter, le fils d'Aspacurès s'appelait Ultra. Voici le passage où il en est question: Quod Ultra ejus filius obsidis lege tenebatur adhuc apud Persas. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.

[924] Quæ imperator doctus, ut concitandas ex hoc quoque negotio turbas consilio prudentiâque molliret, divisioni adquievit Iberiæ: ut eam medius dirimeret Cyrus. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.

[925] Voyez, au sujet de la Lazique, ce que j'ai dit ci-devant, p. 372, not. 1, liv. XVII, § 63.—S.-M.

[926] Sauromaces Armeniis finitima retineret et Lazis, Aspacures Albaniæ Persisque contigua. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.

[927] His percitus Sapor, pati se exclamans indigna, quòd contra fœderum textum juvarentur Armeniæ, et evanuit legatio quam super hoc miserat corrigendo, quodque se non assentiente nec conscio dividi placuit Iberiæ regnum; velut obseratis amicitiæ foribus vicinarum gentium auxilia conquirebat, suumque parabat exercitum, ut serenata cœli temperie subverteret omnia, quæ ex re sua struxêre Romani. Amm. Marc. l. 27, c. 12.—S.-M.

XXXIV.