[957] Nimis esse in subjectos immanem. Amm. Marc. l. 30, c. 1.—S.-M.

XL.

[Mort du patriarche Nersès.]

[Faust. Byz. l. 5, c. 21-24 et 29-31.

Μοs. Chor. l. 3, c. 38.]

[Para, ne trouvant auprès de lui ni obstacles ni conseils, s'abandonna sans réserve, à toute la violence de ses passions, et ne tarda pas à se déshonorer par les plus honteux excès[958]. Le patriarche Nersès, que son âge vénérable et la sainteté de son ministère devaient rendre respectable à ce jeune insensé, osa élever sa voix contre tant de désordres; il en fit de sévères réprimandes à Para, et le menaça d'un sort aussi malheureux que celui de son père, s'il ne savait pas mieux réprimer ses criminels désirs. Le roi, livré tout entier à des ministres corrompus, instruments empressés de ses débauches, accueillit fort mal les reproches du patriarche; cependant le respect que tout le royaume portait à ce saint personnage le contraignit de dissimuler son mécontentement; mais il se lassa des discours de ce censeur sévère, et pour s'en délivrer, sans exciter contre lui l'indignation du peuple, attaché à son pasteur, il résolut de le faire empoisonner: son criminel dessein fut exécuté; le patriarche invité par le roi, à venir le trouver dans son château de Khakhavan, dans la province d'Acilisène[959], y prit place à la table royale, et il y reçut la coupe fatale, de la main de son souverain, déja bien pervers. La mort de Nersès, fut un deuil général pour l'Arménie, dont il était, depuis trente-quatre ans, le guide spirituel[960]. On lui fit des funérailles magnifiques; le grand-intendant du royaume, le connétable, et tous les personnages les plus distingués suivirent son convoi, et on le déposa, dans le bourg de Thiln[961], où se trouvaient les tombeaux de la plupart de ses ancêtres, qui avaient possédé comme lui, la dignité patriarchale[962]. Le roi lui donna aussitôt pour successeur Hésychius[963], qui, comme les deux prédécesseurs de saint Nersès, appartenait à la famille d'Albianus, évêque de Manavazakerd[964]. Il semble que cette famille fût rivale des descendants de saint Grégoire; car, dès que la suprême dignité sacerdotale était enlevée à ceux-ci, c'est dans cette autre race qu'on leur cherchait des successeurs. L'archevêque de Césarée avait été jusqu'alors dans l'usage de sacrer les patriarches de la grande Arménie[965]; saint Basile, comme on l'a déja vu, était en ce temps-là, assis sur le siége métropolitain de la Cappadoce: on doit bien penser, qu'un prélat d'une sainteté aussi éminente, et d'un aussi grand courage, n'était pas homme à sanctionner lâchement une nomination telle que celle d'Hésychius; il refusa donc de le reconnaître, et depuis ce temps-là les patriarches arméniens cessèrent d'aller demander à Césarée la confirmation de leur dignité. Un pontife redevable de son rang et de ses droits, au crime de son souverain, n'était pas propre à inspirer beaucoup de confiance aux peuples indignés; il n'obtint pas plus de considération auprès de Para, qui le méprisait, comme un servile instrument de ses caprices. Aucun obstacle ne s'opposant plus à la tyrannie de ce prince, il n'y eut rien de sacré pour lui en Arménie; il s'empara de tous les édifices affectés par la religion au service des pauvres, des orphelins, des malades, et des vierges dévouées au seigneur; il se rendit aussi maître de la meilleure partie des terres qui avaient été autrefois accordées au clergé par le saint roi Tiridate, et les réunit au domaine de l'état[966]. Tant d'usurpations répandirent le désordre dans tout le royaume: nobles, prêtres, soldats et paysans, riches et pauvres, tous étaient contre ce roi, qu'ils avaient rétabli sur le trône de ses pères, au prix de tant de maux et de tant de sacrifices; enfin, l'Arménie était encore une fois menacée d'une prochaine révolution.]—S.-M.

[958] L'historien Faustus de Byzance, l. 5, c. 31, fait un tableau si affreux des débordements du roi d'Arménie, qu'on pourrait soupçonner cet auteur d'avoir répété légèrement toutes les accusations des ennemis de ce prince, si lui même il n'était pas au nombre de ses plus ardents adversaires; ce qu'on serait assez porté à croire en le lisant.—S.-M.

[959] Cette province, qui faisait partie de la haute Arménie et qui s'appelait en arménien Egéghiats, était située sur les bords de l'Euphrate, qui la traversait dans toute sa longueur. Elle était frontière de l'empire romain. Voyez mes Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, t. 1, p. 45.—S.-M.

[960] Moïse de Khoren (l. 3, c. 38) et tous les auteurs arméniens donnent cette durée au patriarchat de S. Nersès, qui avait commencé en l'an 339, la troisième année du règne d'Arsace (Mos. Chor. l. 3, c. 20). On lit trente-trois dans la version latine de l'historien arménien, mais c'est une erreur du traducteur; car le texte présente bien trente-quatre. Le même nombre se retrouve dans une liste abrégée des patriarches d'Arménie, composée en grec dans le 7e siècle par un certain Grégoire. Cet ouvrage, qui a été inséré dans l'Auctarium Bibliothecæ Patrum, donné par le père Combéfis (t. 2, p. 271-292), s'exprime ainsi au sujet de ce patriarche, qu'il appelle Norsésès: ὁ ἅγιος Νορσέσης ἔτη λδ', ὄν ἀπέκτεινε Φάρμη υἱὸς Ἀρσάκου Βασιλέως, c'est-à-dire S. Norsésès, qui fut tué par Pharmé, fils du roi Arsace, 34 ans. Il est évident que le nom corrompu de Pharmé est celui du prince, qui est appelé Para par Ammien Marcellin, et Bab ou Pap par les Arméniens.—S.-M.

[961] Ce bourg, que Ptolémée, l. 5, c. 13, appelle Thalina, était dans l'Acilisène; voyez ce que j'en ai dit dans mes Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie, t. 1, p. 72.—S.-M.