[320] Trente stades, selon Ammien Marcellin, l. 25, c. 6. Stadiis XXX confectis, civitatem nomine Duram adventaremus.—S.-M.
[321] D'Anville prétend que Dura, sur le Tigre, répond à un lieu qu'il appelle Imam Mohammed Dour. Cette coïncidence est plus que douteuse.—S.-M.
[322] Imperatorem bellicosum et vigilantem ferrum habere, non aurum. Amm. Marc. l. 25, c. 6.—S.-M.
[323] Ammien Marcellin dit, l. 25, c. 6, que ce fut pendant quatre jours; in hoc loco Persarum obstinatione tritum est quatriduum.—S.-M.
[324] On pourrait croire d'après un passage d'Eutrope (l. 10), qui fit cette campagne, que les Romains eurent du dessous au moins dans deux de ces combats. Car, il dit uno a Persis, atque altero prælio victus. Ces paroles sont assez claires, elles auraient dû, ce me semble, influer sur la narration de Lebeau.—S.-M.
VIII.
On essaie du passer le Tigre.
Depuis dix-neuf jours que Julien s'était rapproché des bords du Tigre, la difficulté des chemins, le défaut de vivres, les fréquentes alarmes avaient tellement ralenti la marche, qu'on n'était pas encore arrivé à la hauteur du territoire qu'occupaient les Romains dans la Mésopotamie. Cependant, comme dans les périls extrêmes on prend souvent pour ressource ce qui n'est qu'un nouveau danger, les Romains voulurent croire qu'ils voyaient sur l'autre bord les terres de l'empire. Ils demandèrent à grands cris qu'on leur fît passer le Tigre. En vain l'empereur, secondé des généraux, leur faisait remarquer la rapidité du cours et l'immense volume des eaux de ce fleuve, qui a coutume de grossir dans cette saison[325]; en vain il leur représentait que beaucoup d'entre eux ne savaient pas nager, et qu'ils trouveraient au-delà des troupes ennemies maîtresses des bords. Les soldats s'obstinaient à ne rien entendre; et les murmures croissant de plus en plus, faisaient craindre une mutinerie générale. On eut peine à obtenir d'eux que les Gaulois et les Germains[326] essaieraient le passage. L'intention de Jovien était de vaincre l'opiniâtreté des soldats, si ceux-là étaient emportés par la rapidité du fleuve, ou de tenter plus hardiment l'entreprise, s'ils réussissaient. On fit choix des meilleurs nageurs, instruits dès leur enfance à traverser dans leurs pays les rivières les plus larges et les plus rapides. Dès que la nuit fut venue, tous au nombre de cinq cents s'élancent en même temps dans le fleuve, et gagnent le bord opposé plus facilement qu'on ne l'avait espéré. Ils massacrent une garde de Perses qu'ils trouvent endormie dans une parfaite sécurité, et annoncent leur succès au reste de l'armée en levant les bras et en secouant en l'air leurs casaques. A ce signal, que le clair de lune[327] faisait apercevoir, les soldats impatients voulaient se jeter dans le Tigre: on ne les arrêta qu'en leur promettant d'établir un pont sur des outres, pour assurer le passage.
[325] Tumentemque jam canis exortu sideris amnem ostendens. Ammien Marc. l. 25, c. 6. Cette assertion n'est pas conforme avec ce que les voyageurs modernes ont observé. M. Raymond dans les observations qui ont été ajoutées par lui à sa traduction française du voyage de M. Rich aux ruines de Babylone, p. 209, assure que le Tigre ne commence à croître qu'en novembre. Il pourrait se faire cependant que l'observation d'Ammien Marcellin s'expliquât par quelque circonstance particulière.—S. M.
[326] Ammien Marcellin les appelle ici Sarmates septentrionaux, Arctois Sarmatis; mais ailleurs (l. 25, c.8), il les nomme Germains.—S.-M.