Till. Theod. art. 51, et suiv. et not. 40, 41 et vie de Theoph. art. 7.

L'évêque Théophile acheva de les couvrir de confusion. Ce prélat était depuis quatre ans assis sur le siége de cette capitale de l'Égypte. C'était un homme de beaucoup d'esprit et de savoir, hardi dans ses entreprises, constant et intrépide dans l'exécution. Il y avait dans la ville un ancien temple de Bacchus[698], dont il ne restait rien de solide que les murailles. Constance l'avait autrefois donné à ces faux évêques, qu'il envoyait pour prendre la place d'Athanase. Théophile le demanda à l'empereur pour ouvrir une nouvelle église au peuple catholique, dont le nombre croissait tous les jours. Pendant qu'on travaillait à la réparation de cet édifice, on découvrit des souterrains plus propres à receler des crimes, qu'à servir à des cérémonies de religion; c'était le dépôt des mystères secrets. On y trouva un grand nombre de figures bizarres, ridicules, infames, que la superstition dissolue avait autrefois exposées à la vénération des peuples[699], mais qu'elle cachait avec soin, depuis que le christianisme avait ouvert les yeux aux hommes. Théophile, plus ardent que circonspect, affecta de les produire au grand jour, et de les faire promener dans la ville, pour décrier l'idolâtrie[700].

[698] Διονύσου ἱερόν, dit Sozomène, l. 7, cap. 15. C'était sans doute un temple d'Osiris; car, comme on le sait par un grand nombre de témoignages antiques, tel était le nom de Bacchus chez les Égyptiens. Rufin dit, lib. 12, c. 22, que c'était une basilique, basilica quædam, un temple quelconque.—S.-M.

[699] C'étaient des phallus, au dire de Socrate, l. 5, c. 16, et de Sozomène; comme on le voit par le passage suivant du livre 7, ch. 15, de cet auteur. Φαλλοὺς, καὶ εἴ τι ἕτερον ἐν τοῖς ἀδύτοις κεκρυμμένον κατεγέλαστον ἦν ἢ ἐφαίνετο, δημοσίᾳ ἦγεν εἰς ἐπίδειξιν. Rufin rapporte la même chose, l. 12, c. 22. Reperta in loco sunt antra quædam latentia, et terræ defossa latrociniis et sceleribus magis quam cærimoniis apta.—S.-M.

[700] Il ordonna, dit Socrate, lib. 5, c. 16, d'exposer ces phallus au milieu du marché, τοὺς φαλλοὺς φέρεσθαι κελεύσας διὰ μέσης τῆς ἀγορᾶς.—S.-M.

XI.

Fureur des payens.

Les payens, irrités[701] qu'on dévoilât leurs honteux mystères, entrèrent en fureur, ils s'animèrent à la vengeance; et s'attroupant dans tous les quartiers de la ville, ils se jetèrent à main armée sur les chrétiens. C'était à chaque instant des combats; le sang ruisselait dans toutes les rues. Les chrétiens étaient supérieurs pour le nombre et la qualité des personnes; mais leur religion, ennemie de la violence et du carnage, leur inspirait la modération. Les payens avaient fait du temple de Sérapis leur fort et leur citadelle[702]. De là sortant avec rage ils blessaient ou tuaient les uns, ils entraînaient les autres avec eux et les forçaient à sacrifier. Ceux qui refusaient étaient mis à mort par les plus cruels tourments: on les attachait en croix, on leur brisait les jambes, on les précipitait dans les fosses construites autrefois pour recevoir le sang des victimes et les autres immondices du temple. L'église honore entre ses martyrs ceux qui, dans cette occasion, préférèrent la mort à l'apostasie[703].

[701] C'étaient plus particulièrement les philosophes, à ce qu'assure Socrate, l. 5, c. 16, καὶ μάλιστα οἱ φιλοσοφεῖν ἐπαγγελλόμενοι.—S.-M.

[702] Καταλαμβάνουσι τὸ Σεράπιον, ils s'emparèrent du Serapeum, dit Sozomène, lib. 7, cap. 15; ils en sortirent inopinément comme d'une forteresse, ajoute-t-il, ἐντεῦθεν ὡς ἀπ' ἄκρας τινὸς ἐξαπιναίως ἐλθόντες, et ils prirent beaucoup de chrétiens, συνέλαβόν τε πολλοὺς Χριστιανῶν, κ. τ. λ.—S.-M.