[703] C'est le 17 mars que l'on célèbre la mémoire de ces martyrs.—S.-M.
XII.
Olympe se met à leur tête.
Les séditieux devenus plus hardis à force d'attentats et de meurtres, songèrent à se donner un chef. Entre les prêtres de Sérapis était un imposteur nommé Olympe[704]. Il était venu de Cilicie pour se consacrer au culte de ce Dieu. Un extérieur de philosophe[705], une grande taille, un air imposant, joint à un esprit pénétrant, avisé, insinuant et à un caractère affable et officieux à l'égard de ceux de sa religion, le faisaient regarder dans Alexandrie comme le héros du parti. Il avait cette éloquence ardente et emphatique qui sait enivrer le peuple et allumer dans les cœurs le feu du fanatisme. Il prenait le ton de prophète; et se disant inspiré de Sérapis, il avait prédit à ses plus intimes confidents, que ce Dieu allait bientôt quitter son temple. Dans le temps que Cynégius renversait les idoles en diverses provinces de l'Orient, et que les païens consternés semblaient douter de la puissance de leurs dieux, il les affermissait dans leur religion, en leur représentant que ces statues n'étaient qu'une matière corruptible; mais que les intelligences éternelles qui les avaient habitées s'étaient retirées dans les cieux[706]. Ce fut cet enthousiaste que les rebelles mirent à leur tête, pour les commander dans les attaques, et pour régler la défense, si on entreprenait de les forcer.
[704] Sozomène l'appelle Olympius. Voyez la note suivante.—S.-M.
[705] Olympum quemdam nomine et habitu solo philosophum. Rufin. l. 12, c. 22. Un certain Olympius qui était avec eux sous l'habit de philosophe, dit Sozomène, l. 7, c. 15, les persuadait de ne pas abandonner leurs rites nationaux, mais, s'il le fallait, de mourir plutôt pour eux. Ὀλύμπιός τις ἐν φιλοσόφου σχήματι συνὼν αὐτοῖς, καὶ πείθων χρῆναι μὴ ἀμελεῖν τῶν πατρίων, ἀλλ' εἰ δέοι ὑπὲρ ἀυτῶν θνήσκειν.—S.-M.
[706] Ὓλην φθαρτὴν καὶ ἰνδάλματα λέγων εἶναι τὰ ἀγάλματα, καὶ διὰ τοῦτο ἀφανισμὸν ὑπομένειν· δυνάμεις δὲ τινας ἐνοικῆσαι ἀυτοῖς, καὶ εἰς οὐρανὸν ἀποπτῆναι. Sozom. l. 7, c. 15.—S.-M.
XIII.
Ils résistent aux magistrats.
En effet, Évagrius, préfet d'Égypte[707], et Romanus qui commandait les troupes de la province avec la qualité de comte[708], voyant que cette sédition n'était pas une de ces émeutes passagères, si fréquentes dans Alexandrie, mais que l'acharnement et la fureur croissaient de jour en jour, crurent qu'il était temps d'employer leur autorité. Ils se présentèrent aux portes du temple de Sérapis; et s'adressant aux séditieux qui se montraient aux fenêtres et sur le haut des toits, ils leur demandèrent comment ils étaient assez hardis pour prendre les armes, et assez barbares pour égorger leurs concitoyens sur les autels de leurs dieux. On ne leur répondit que par des cris confus. En vain, ils leur remontrèrent que leur attentat était un crime d'état; qu'un brigandage si atroce allait armer contre eux toute la puissance de l'empire et toute la rigueur des lois: ils ne furent pas écoutés, et ils se retirèrent persuadés qu'on ne pouvait réduire que par la force des esprits si opiniâtres. Mais comme ils craignaient qu'il n'en coûtât beaucoup de sang, ils en écrivirent à l'empereur et attendirent ses ordres. Cependant la fureur des séditieux s'embrasait de plus en plus, par la vue de leurs crimes passés et par les discours d'Olympe. Après avoir immolé les impies, leur disait-il, vous devez, s'il en est besoin, vous sacrifier vous-mêmes. En mourant pour la défense de vos dieux, vous vous rendrez immortels comme eux.