Sidon. Apoll. carm. 2, v. 243-272.

Salv. de gubern. Dei, l. 4, c. 14.

Les Huns étaient de tous les barbares les plus affreux à voir[150]. Ce n'était qu'une masse informe, et les Romains les comparaient à une pièce de bois à peine dégrossie[151]. Ils avaient la taille courte et ramassée, le cou épais et rentrant dans les épaules[152], le dos courbé, la tête grosse et ronde, le teint noir, les yeux petits et enfoncés, mais le regard vif et perçant[153]. Ils s'étudiaient encore à augmenter leur difformité naturelle. Dès que les enfants mâles venaient au monde, les mères leur écrasaient le nez, afin que le casque pût s'appliquer plus juste à leur visage[154]; et les pères leur tailladaient les joues, afin d'empêcher la barbe de croître. Cette opération cruelle rendait leur visage défiguré de coutures et de cicatrices[155]. Leur façon de vivre n'était pas moins sauvage que leur figure. Ils ne mangeaient rien de cuit, et ne connaissaient nulle espèce d'assaisonnement. Ils vivaient de racines crues ou de la chair des animaux un peu mortifiée entre la selle et le dos de leurs chevaux[156]. Jamais ils ne maniaient la charrue[157]: les prisonniers qu'ils faisaient à la guerre cultivaient la terre, et prenaient soin des troupeaux. Ils n'habitaient ni maisons ni cabanes; toute enceinte de murailles leur paraissait un sépulcre[158]; ils ne se croyaient pas en sûreté sous un toit[159]. Accoutumés dès l'enfance à souffrir le froid, la faim, la soif[160], ils changeaient fréquemment de demeure, ou, pour mieux dire, ils n'en avaient aucune; errants dans les montagnes et dans les forêts, suivis de leurs nombreux troupeaux, transportant avec eux toute leur famille dans des chariots traînés par des bœufs. C'était là que leurs femmes renfermées s'occupaient à filer ou à coudre des vêtements pour leurs maris, et à nourrir leurs enfants[161]. Ils s'habillaient de toile ou de peaux de martres qu'ils laissaient pourrir sur leur corps, sans jamais s'en dépouiller[162]. Ils portaient un casque, des bottines de peau de bouc, et une chaussure si informe et si grossière, qu'elle les empêchait de marcher librement; aussi n'étaient-ils pas propres à combattre à pied[163]. Ils ne quittaient presque jamais leurs chevaux, qui étaient petits et hideux, mais légers et infatigables[164]. Ils y passaient les jours et les nuits, tantôt montés en cavaliers, tantôt assis à la manière des femmes[165]. Ils n'en descendaient ni pour manger, ni pour boire; et lorsqu'ils étaient pris de sommeil, se laissant aller sur le cou de leur monture, ils y dormaient profondément[166]. Ils tenaient à cheval le conseil de la nation[167]. Toutes les troupes de leur empire étaient commandées par vingt-quatre officiers, qui étaient à la tête chacun de dix mille cavaliers; ces corps se divisaient en escadrons de mille, de cent et de dix hommes; mais dans les combats ils n'observaient aucun ordre. Poussant des cris affreux, ils s'abandonnaient sur l'ennemi[168]: s'ils trouvaient trop de résistance, ils se dispersaient bientôt, et revenaient à la charge avec la vitesse des aigles et la fureur des lions, enfonçant et renversant tout ce qui se rencontrait sur leur passage. Leurs flèches étaient armées d'os pointus, aussi durs et aussi meurtriers que le fer[169]; ils les lançaient avec autant d'adresse que de force, en courant à toute bride et même en fuyant. Pour combattre de près, ils portaient d'une main un cimeterre et de l'autre un filet, dont ils tâchaient d'envelopper l'ennemi[170]. Une de leurs familles avait le glorieux privilége de porter le premier coup dans les batailles; il n'était permis à personne de frapper l'ennemi, qu'un cavalier de cette famille n'en eût donné l'exemple[171]. Leurs femmes ne craignaient ni les blessures ni la mort; et souvent après une défaite, on en trouva parmi les morts et les blessés. Dès que leurs enfants pouvaient faire usage de leurs bras, on les armait d'un arc proportionné à leur force; assis sur des moutons, ils allaient tirer des oiseaux et faisaient la guerre aux petits animaux. A mesure qu'ils avançaient en âge, ils s'accoutumaient de plus en plus aux fatigues et aux périls de la chasse; enfin, lorsqu'ils se sentaient assez forts, ils allaient dans les combats repaître de sang et de carnage leur férocité naturelle. La guerre était pour eux l'unique moyen de se signaler: les vieillards languissaient dans le mépris; la considération était attachée à l'usage actuel des armes[172]. Ces Barbares, tout grossiers qu'ils étaient, ne manquaient ni de pénétration, ni de finesse. Leur bonne foi était connue: ils ignoraient l'art d'écrire; mais en traitant avec eux, on n'avait pas besoin d'autre sûreté que de leur parole[173]; d'ailleurs, ils avaient au souverain degré tous les vices de la barbarie[174]: cruels, avides de l'or[175], quoiqu'il leur fût inutile; impudiques, prenant autant de femmes qu'ils en pouvaient entretenir, sans aucun égard aux degrés d'alliance ni de parenté[176], le fils épousait les femmes de son père[177]; adonnés à l'ivrognerie, avant même qu'ils eussent connu l'usage du vin, ils s'enivraient d'un certain breuvage composé de lait de jument qu'ils laissaient aigrir. Les Romains ont cru qu'ils n'avaient aucune religion[178], parce qu'on ne voyait aucune idole qui fût l'objet de leur culte; mais, selon les auteurs Chinois, ils adoraient le ciel, la terre, les esprits et les ancêtres.

[150] Voici le portrait que Claudien fait des Huns, dans le Ier livre de ses Invectives contre Rufin, v. 325 et seq.

........... Turpes habitus; obscœnaque visu

Corpora; mens duro nunquam cessura labori;

Præda cibus, vitanda Ceres, frontemque secari

Ludus, et occisos pulchrum jurare parentes.

Nec plus nubigenas duplex natura biformes

Cognatis aptavit equis: acerrima nullo