Vive le carnaval!
On s'explique moins que les Arabes, qui n'ont pas, malgré le Rhamadan, l'excuse de nos quarante jours d'abstinence, aient éprouvé le besoin de «faire carnaval», comme on disait au XVIIe siècle. «Qui se douterait, lisons-nous chez un explorateur, M. Bache, qu'à l'extrémité du Sahara algérien on dût trouver nos coutumes des jours gras? Il en est ainsi pourtant. Hommes et femmes se déguisent à l'envi, et cette mascarade générale, montée sur des chameaux, court pendant sept jours et sept nuits les rues et les marchés d'Ouargla. Ce n'est point là une importation française; la coutume existe de temps immémorial.» Nul doute cependant qu'elle ne disparaisse un jour où l'autre, comme notre propre carnaval. Les vieilles coutumes s'en vont, et ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on l'observe. La disparition de celle-ci ne nous inspirera d'ailleurs qu'un regret médiocre; ces folies, souvent licencieuses, trahissent plus de fatigue que de véritable gaieté. Sommes-nous trop vieux pour nous y plaire ou n'est-ce point qu'elles avaient pour condition même les mortifications du «saint temps», auxquelles si peu de gens se soumettent encore? Les jours gras supposent des jours maigres, et qui mange et boit tout son saoul pendant le Carême ne sent plus la nécessité de se fortifier contre l'abstinence par une indigestion préalable.
Mardi Gras est mort.
Sa femme en hérite
D'une cuillère à pot
Et d'une vieille marmite.
Chantez haut, chantez bas:
Mardi Gras n'reviendra pas.