Emportez mon âme au ciel d'autrefois!
Cette fête de Pâques, où tout s'unit pour l'allégresse des hommes, où à la joie de la résurrection du Sauveur s'ajoute le sentiment d'on ne sait quel renouveau du cœur et de l'esprit, soulagés enfin des pieuses angoisses de la semaine sainte, où la nature elle-même, frémissante et légère, semble prendre sa part du bonheur universel, c'est bien, comme le veut la liturgie, la fête des fêtes, le triomphe des triomphes. Christos voskrest! Christ est ressuscité,—et avec lui le sourire et l'espoir de ce pauvre globe terraqué.
Le joli Mai.
Joli mois de mai, quand reviendras-tu?
Le voilà revenu, gai, léger, pimpant comme un page. Il sourit et tout rit autour de lui. Ce mois de mai est vraiment le triomphe du printemps. Avril et mars gardent je ne sais quoi d'équivoque; il n'y fait jamais si doux la veille qu'on ait pleine assurance de ne point grelotter le lendemain. Tout autre est mai. Les gelées blanches et les giboulées lui sont inconnues; il laisse ces traîtrises à ses voisins. L'air s'habille de clarté; mille aromes y flottent, venus de la plaine et des bois:
C'est comme un miel épars dans la lumière blonde,
et tel est le charme de cette caresse printanière qu'il agit tout ensemble sur l'esprit, sur le cœur et sur les sens.
Il paraît qu'autrefois, dans un village des Hautes-Alpes, nommé les Andrieux, lorsque, après cent jours d'éclipse, le soleil reparaissait enfin sur l'horizon, quatre bergers postés sur la place annonçaient sa résurrection au son des fifres et des cornemuses.
«Dans chaque ménage, dit un annaliste local, on avait confectionné des omelettes, et tous les habitants, leur plat à la main, accouraient vers les sonneurs. Autour du plus âgé des habitants, décoré pour la circonstance du titre de «vénérable», s'enroulait une farandole que les sonneurs conduisaient jusqu'à un pont voisin. Le «vénérable» tenait son omelette élevée au-dessus de sa tête; chacun déposait la sienne sur les parapets du pont; puis les danses commençaient jusqu'à ce que le soleil eût inondé le village de ses rayons. Le cortège retournait alors dans le même ordre sur la place et reconduisait le «vénérable» jusqu'à sa porte. Chacun rentrait chez soi et l'on mangeait les omelettes en famille. Au soir, les jeux et les danses recommençaient et se prolongeaient bien avant dans la nuit.»