Car l'âge m'alourdit un peu,

Aux blanches terrasses de Malte,

Entre l'eau bleue et le ciel bleu.»

Exquise fantaisie d'un vrai poète, mais qui n'a point prévalu contre le ridicule jeté pour jamais sur ces «fidèles messagères du printemps» par un stupide refrain de café-concert:

Ah! pour moi, que la vie serait belle

Si j'étais hi,

Si j'étais rond,

Si j'étais hirondelle!...

N'empêche que, dans le fond du cœur, nous gardons une secrète tendresse pour ces charmants oiseaux qui sont, sur la grande page bleue du ciel, comme la signature multipliée du printemps, son souple et capricieux paraphe. Leur familiarité même nous touche; leurs nids nous sont sacrés et semblent un présage de bonheur pour les maisons où ils sont accrochés. Vous imaginez-vous ce que serait un printemps sans hirondelles? Il me semble qu'il manquerait quelque chose à l'air, ce quelque chose qui est la vie et que le perpétuel va-et-vient des hirondelles lui communique aux beaux mois...

Celui-ci, de tous, est le plus riant: mois de promesses, mois d'espérances, où la fleur commence d'éclore, où le fruit se devine, où les moissons pointent. D'où vient donc que les anciens le tenaient pour un mois néfaste, durant lequel il ne fallait rien entreprendre? «Ne vous mariez pas en mai, disait Horace, sans quoi les flammes de l'hymen se changeraient bientôt pour vous en torches funèbres.» Il y a comme un souvenir de cette superstition dans le proverbe: «Noces de mai, noces mortelles». Dans beaucoup de nos campagnes encore, mais spécialement dans les Pyrénées, le pays de Gex et le Berry, les paysans évitent de se marier au mois de mai. Il en est de même en Bretagne, où les mariages sont extrêmement rares à cette époque de l'année. Un brave Kernévote, à qui j'en demandais la raison, me répondit que, mai étant le mois de Marie, c'était par respect pour l'Immaculée qu'on en agissait de la sorte.