Et, sainte ou non, Adresse les sauva si bien, en effet, que, de retour chez eux, ils lui bâtirent une chapelle et donnèrent son nom à leur hameau...

Un autre saint peu canonique, mais cependant plus authentique qu'Adresse, fut Charlemagne, empereur à la barbe fleurie, promu par privilège spécial patron des collégiens qui, de temps immémorial, célébraient sa fête le 28 janvier. Ce jour-là, en souvenir de l'auguste intérêt qu'il témoignait aux écoliers travailleurs, un banquet réunissait dans les lycées de Paris, sous la surveillance de leurs maîtres, les élèves qui s'étaient le plus distingués au cours de l'année précédente. Un doigt de champagne, au dessert, permettait de toaster à la mémoire du grand empereur... Mais un ministre vint qui, pour «raisons budgétaires»—ô économie de bouts de chandelles!—supprima en 1895 le banquet traditionnel et, du même coup, la Saint-Charlemagne[2].

Note 2:

Ce qu'a défait un ministre, un ministre peut le refaire: la Saint-Charlemagne a été rétablie.

C'était une des dernières fêtes «corporatives» de la grand'ville. Il ne lui reste plus en ce genre que la Sainte-Catherine et la Sainte-Cécile,—la Sainte-Catherine qui, chaque 25 novembre, met en rumeur le quartier de l'Opéra, patrie d'élection des petites «midinettes», lesquelles la célèbrent de la plus simple et de la plus charmante façon du monde en se promenant bras dessus, bras dessous, coiffées de bonnets en papier, le long de la rue de la Paix; la Sainte-Cécile, dont la fête, plus aristocratique, est l'occasion de magnifiques solennités artistiques dans toutes les églises de Paris. Sainte Cécile jouit d'un enviable privilège: ce ne sont pas seulement de grands peintres comme Gérard Seghers, Raphaël, le Dominiquin, Carlo Dolce, qui se sont inspirés de sa vie dans des tableaux célèbres; Santeuil, Dryden et, plus récemment, M. Maurice Bouchor, lui ont tressé de beaux vers. Quant aux musiciens, il n'en est point un qui ne lui ait dédié quelque cantate ou quelque symphonie. Cette unanimité des artistes et des poètes est bien significative et donne une physionomie à part, dans la hiérarchie des bienheureux, à l'exquise martyre chrétienne qui ne marchait dans la vie qu'accompagnée de lyres invisibles et dont la mort même eut je ne sais quoi de mélodieux.

Le Jour de l'An.

Encore un an de plus qui s'efface et retombe

Dans ce gouffre sans fond qu'on nomme le passé!

Encore un pas que fait le siècle vers sa tombe,