... Sur la route, un brigadier de douane qui passe, une bouffarde aux dents. Je lui demande la maison de Lomic.

—Lomic? Le «héros» n'est-ce pas?

—Le «héros»? Est-ce qu'on l'appelle de la sorte à Pors-Aven?

—Oh! et à Paimpol aussi. Tout le monde le connaît, allez, avec sa bonne face rouge et ses épaules d'hercule.

Le brigadier—un gallot, à l'air et à la voix—prend un temps pour rallumer sa pipe...

—Faites-vous route avec moi, monsieur? Je suis à l'heure. Je vais à Pors-Aven. Je vous déposerai chez Lomic en passant.

Nous voilà en route.

—Et Lome?

—Lome? Mais vous savez bien. Il paraît qu'il a été mis dans un roman, et tout de même qu'il ne connaît pas son A. B. C, faut croire que ça le flatte dur, puisque l'idée lui revient au premier coup qu'il boit. Pour lors, il n'y a que lui. Il se dandine, il fait le joli cœur, il court les cafés de Paimpol en cornant à la compagnie: «C'est moi qui suis le héros!» Les seuls mots français qu'il ait pu retenir, croiriez-vous, ou presque. Car ces têtus d'Avenois sont plus fainéants les uns que les autres. Ils ne veulent point de l'école; ils n'y sont point allés; leur marmaille n'y va point. Et comme ils baragouinent tous breton, qu'ils se marient chez eux, et qu'il n'y a dans le village que trois familles, les Caous, les Floury, et les Maël, vous voyez d'ici la belle crasse d'ignorance qu'ils ont sur l'entendement...

—Et Lome?