[34] Voir l'Observateur français, du 10 avril. Je citerai, comme une jolie page de style impressionniste le passage suivant d'une nouvelle de M. Chalon (mort maintenant): «... Il y soufflait toujours, dans ce haut Saint-Majan, un vent terrible, qui vous avait une voix et des cris à croire qu'il était vivant. Il arrivait en grondant, tout en colère, des hauteurs du Trou-la-Baume, fier avec ça et parlant haut, comme un conquérant qui somme une forteresse; puis, houm! houm! de grands coups d'aile appliqués contre le mur, comme avec un bélier; puis un silence, il attendait qu'on lui ouvrît, et comme on n'avait garde, il se fâchait tout rouge. C'était une belle rage alors. On aurait dit qu'il prenait du champ; puis terriblement il s'engouffrait dans les rues trop étroites pour ses ailes. Il allait comme un aveugle, droit devant lui, se brisait au coin des maisons, tourbillonnait dans les enfoncements, faisait trembler les vitres, battait les contre-vents détachés, s'acharnait après les girouettes, culbutait les tuiles des vieux toits, buvait d'une lapée l'eau des ruisseaux, s'abattait sur les arbres de la place avec un bruit d'averse, souffletait la flamme des réverbères, bref, menait un train d'enfer. Et quel virtuose! quels cris! quels hurlements! quels gémissements! Tantôt il commandait, tantôt il suppliait. Il avait des clameurs de clairon et des vagissements de bête blessée! Tour à tour humble et belliqueux, il pleurait comme un petit enfant, puis, fantasque en ses allures, il embouchait sa longue trompette et vous sonnait des fanfares, des chevauchées qui s'en allaient au galop le long des murailles. Enfin, convaincu peut-être de son impuissance, il se faisait tout petit, se taisait presque, se glissait sous les portes, montait l'escalier vivement et venait remuer quelque portière souple, ou faire danser la flamme de la lampe sur la grande table où j'étudiais.»
[35] Voyez cette exquise petite nouvelle: le Mousse.
[36] Précédemment dans Un de nous.
[37] Comme romans, on lui doit Monsieur le ministre, Robert Burat, Madeleine Bertin, le Beau Solignac, les Amours d'un interne, etc.
[38] Cf. le Roman naturaliste. (Art. Le reportage dans le roman.)—Voyez encore sur M. Claretie tels articles, admirables de dédain et d'ironie, de M. Henri Fouquier.
[39] Publiées dans le Monde illustré, d'abord. Sur la querelle qui en résulta, je renverrai aux articles de M. Jules Tellier dans le Parti national du 20 janvier 1888 et de M. Maurice Barrès dans le Voltaire du 14.
[40] «Des noix! Des noix!»
[41] Remarquons pourtant que M. Moréas proteste contre ces qualifications: «Cette manifestation (la manifestation symboliste), couvée depuis longtemps, vient d'éclore. Et toutes les anodines facéties des joyeux de la presse, toutes les inquiétudes des critiques graves, toute la mauvaise humeur du public surpris dans ses nonchalances moutonnières ne font qu'affirmer chaque jour davantage la vitalité de l'évolution actuelle dans les lettres françaises, cette évolution que des juges pressés notèrent, par une inexplicable antinomie, de décadence. Remarquez pourtant que les littératures décadentes se révèlent essentiellement coriaces, filandreuses, timorées et serviles... Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on à la nouvelle école? L'abus de la pompe, l'étrangeté de la métaphore, un vocabulaire neuf où les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes: caractéristiques de toute renaissance...» (Manifeste des symbolistes.)
[42] Et d'autres grands poètes avant lui. «C'est à mon avis, dit M. Paul Bourget, une des preuves les plus frappantes de la hauteur de vue d'Alfred de Vigny que d'avoir deviné la valeur poétique du symbolisme. La beauté poétique pure réside en effet dans la suggestion plus encore que dans l'expression... Il faut, pour que le sortilège des beaux vers s'accomplisse, du rêve et de l'au-delà, de la pénombre morale et du mystérieux.» (Journal des Débats, 24 mars 1885.) Mais mystérieux n'est pas synonyme d'obscur.
[43] J'abrège la nomenclature. Pourtant il serait dommage d'oublier «l'histoire du monsieur qui a la diarrhée».