[68] Notez combien de nos romanciers ont essayé cette psychologie de la jeune fille du monde: Edmond de Goncourt avec Chérie, Gyp avec Loulou et Paulette, Halévy avec Princesse, etc. Je signale encore sur le même sujet Filles du monde, une forte étude de M. Oudinot, qu'il faudrait ranger parmi les jeunes impressionnistes d'avenir.
[69] Cf. la préface de Chonchette.
[70] Depuis, M. Rod a donné un pendant à la Course à la mort. Je renvoie sur ce très beau livre, Le Sens de la vie, à un excellent article de M. Charles Maurras, dans l'Instruction publique du 16 février 1889. Le «pessimiste» de M. Rod finit par trouver le bonheur dans le mariage. Ainsi la vie «prend un sens» pour lui. Soit! dit M. Maurras, mais adoptez le conseil. Est-il si sûr que le mariage vous guérisse aussi? «Ce jeune homme se marie; il aurait pu très bien se faire, précisément à cause de sa misanthropie et de son shopenhauérisme intellectuel, qu'il se refusât obstinément au mariage. Admettons que la nécessité, l'amour—qui est la plus efficace des nécessités—lui ait imposé ces justes noces; le héros de M. Rod a toujours ce bonheur immense, et peu prévu pour un analyste comme lui, de ne pas rencontrer dans le caractère, dans le tempérament de sa jeune femme, ces antipathies foncières contre lesquelles le pauvre amour éclate en morceaux comme un verre lancé contre une muraille. Il y a des différences dans leur pensée; il y a dans leurs personnes des points muets, des places qui ne vibrent pas—ou pas encore. Mais l'analyste, le chercheur, si bien qu'il pénètre, ne fait nulle part dans l'aimée cette angoissante découverte de l'ennemie, de l'autre, qui ôte au bonheur souhaité jusqu'à la possibilité d'être. Oh! le héros de M. Rod est un heureux! Et les événements arrivent bien à point, ni une heure trop tôt, ni une heure trop tard, pour lui révéler chacun des nouveaux liens qui l'ont rattaché à la vie sans qu'il y ait pris garde.—Tu croyais ne pas aimer ta femme! Mais vois donc, malheureux, comme te voilà jaloux de l'enfant avec qui il va falloir que tu partages sa tendresse! Tu croyais n'aimer pas ta fille, «ce paquet de chair rouge qui se violace et qui glousse», dont ta femme a tant souffert pendant cette nuit mortelle où tu te convulsais de rage, de honte et de peur, aux cris de l'accouchée,—cette petite envahissante qui t'a volé jusqu'aux soins de ta vieille bonne, a troublé le travail de tes soirs, le repos de tes nuits,—qu'as-tu donc, si tu ne l'aimes pas, à trembler comme un peuplier à la pensée de te voir enlever ta petite Marie?—Et c'est tout le temps ainsi. Mais si la petite Marie était morte, je vois distinctement à quelles récriminations blasphématoires l'aventure «paternelle» aurait pu tourner; et j'en dirai autant de l'aventure «mariage», car la naissance de Marie aurait pu être indéfiniment retardée par l'un quelconque des scrupules philosophiques de l'homme, l'une quelconque des appréhensions très modernes de la femme, ou par les précautions malthusiennes de tous les deux. Le héros de M. Rod risquait, en ce cas, d'ignorer perpétuellement son amour pour madame; et, à force de chercher en elle la petite bête, l'endroit défectueux, c'eût été bien le diable s'il ne l'eût découvert à la fin.»
[71] La littérature est une mère avare. M. Quellien, comme tant d'autres, est employé dans un de nos ministères.
[72] J'ai connu trop tard le livre de M. François Sauvy: Loin de la vie, pour donner à l'auteur la place qu'il mériterait. Du moins, signalerai-je le livre pour un des meilleurs romans «psychologiques» de ces dernières années.
[73] Cf. Fragments d'un livre inédit et Le livre d'une Mère.
[74] N'est-ce point un peu ce qu'a fait M. Maurice Barrès?
[75] Principaux livres de M. France: Dans le roman, Les désirs de Jean Servien, Le crime de Sylvestre Bonnard, Jocaste, Balthazar, Le livre d'un enfant. En poésie, Les noces corinthiennes. En critique, La vie littéraire (série).
[76] C'est peut-être à M. France qu'il faudrait rattacher M. Gilbert-Augustin Thierry, encore qu'il prétende à ne relever que de lui-même. On connaît de M. Thierry Les aventures d'une âme en peine, le Capitaine sans façon, surtout Marfa et La tresse blonde, d'où date son succès. Ce dernier livre est précédé d'une sorte de manifeste où je relève ce qui suit, pour la curiosité: «Notre vieux roman d'observation se meurt d'épuisement. (On ne s'en douterait guère....) Désormais l'étude de l'homme doit poursuivre sa recherche plus haut que l'homme, vers ces régions de l'Infini dont nous sommes des atômes passionnels.... Se haussant vers l'Occulte, s'élevant jusqu'au grand Inconnu, hardiment, le roman nouveau devra s'efforcer à pénétrer les abîmes réputés impénétrables, à percer les ténèbres dont l'absolu enveloppe son être.... L'absolu providentiel une fois dégagé, l'homme observé dans ses passions sera placé alors par son analyste en face des lois immuables, aux prises avec elles et sous leurs étreintes. Aussitôt bien des questions troublantes se présenteront à la divination de l'artiste-penseur...» C'est un beau phœbus pour dire que les sciences hypnotiques ouvrent une nouvelle voie à la curiosité du romancier. Et, en effet, toute une littérature hypnotique s'échafaude, avec la Marfa de M. Thierry, l'Inconnu de M. Paul Hervieu, le Jean Mornas de M. Claretie, la série de la Décadence latine de M. Péladan, l'Uranie de M. Camille Flammarion, etc.
[77] Suivi de quelques autres groupés sous le titre du premier.