[Note 50: ][ (retour) ] Psychologie de la femme, p. 3.

Suivez le cours des âges: plus la femme devient différente de nous en action et en fait, plus elle devient notre égale en dignité et en droit. Socialement parlant, il est désirable que le sexe de la femme s'étende à son âme, à son esprit, à ses oeuvres, à sa vie tout entière. En cela, elle sera plus utile à l'humanité, et plus heureuse et plus vénérée, qu'en se fatiguant à faire, aussi bien que l'homme, des sciences ou de la littérature, de la jurisprudence ou de la médecine. La belle affaire de lutter de verbosité avec un avocat ou de doser des pilules comme un pharmacien! N'est-ce donc rien d'être la gardienne du foyer et la providence de la famille? N'est-ce donc rien de former les moeurs et, pour rappeler le mot éloquent d'Edgard Quinet, de «porter dans son giron, non seulement les enfants, mais les peuples?»

L'égalité des sexes ou, si l'on préfère, l'équivalence sociale de l'homme et de la femme, n'implique donc point la similitude des fonctions, et encore moins l'identité des aptitudes, ce qui serait contraire à l'ordre éternel des choses. A poursuivre cette péréquation factice, la femme se heurterait à l'impossible. Nulle puissance humaine ne fera que, pris dans sa généralité, le sexe féminin l'emporte sur le nôtre en force musculaire, de même que nulle puissance humaine ne nous donnera cette tendresse d'âme et cette grâce du corps qui sont le privilège charmant des femmes. Nulle réforme légale ne les rendra capables, du jour au lendemain, de tous les efforts virils, de toutes les entreprises hardies, de toutes les créations robustes, de toutes ces «grandeurs de chair», comme dit Pascal, où la vigueur musculaire est essentielle, parce que «nulle loi écrite (c'est M. Jules Lemaître qui parle) ne les empêchera d'être physiquement plus faibles que nous, d'une sensibilité plus délicate et plus capricieuse,» parce que «nulle loi ne les affranchira des maladies et des servitudes de leur sexe, de même que nulle loi ne rendra les hommes plus propres à filer la laine et à nourrir et élever les petits enfants [51].» Bref, nul article de loi ne changera le corps et l'âme des femmes. Et c'est heureux; car, cette déformation accomplie, l'humanité périrait.

[Note 51: ][ (retour) ] Opinions à répandre, p. 159.

Mais la diversité des fonctions ne s'oppose point à l'égalité des droits. Elle signifie seulement que l'égalité légale, l'égalité juridique, n'ayant pas le don de transformer la nature et la destination du sexe féminin, «ces droits théoriques seront souvent, pour les femmes, comme s'ils n'étaient pas.» Cette pensée de l'écrivain si français que nous citions tout à l'heure, doit être recommandée instamment à la méditation des femmes. Supposez qu'on leur ouvre toutes nos carrières, tous nos métiers, toutes nos fonctions: celles qui, perçant la cohue des hommes, parviendront à en forcer les portes, ne seront ni les plus heureuses ni les plus bienfaisantes. L'affection, le respect et la reconnaissance iront aux épouses et aux mères restées fidèles aux devoirs essentiels de leur ministère féminin. Ayant choisi la meilleure part selon la nature, elles occuperont la plus belle place dans la société humaine.

Ce qui ne veut pas dire que la question de l'égalité des droits entre l'homme et la femme soit une pure discussion verbale. Affirmer que les deux sexes sont égaux en raison, en justice et en vérité, c'est admettre que, sous la diversité de leur nature et la dissemblance de leurs fonctions, il y a entre eux unité foncière, identité morale; que l'homme et la femme, se complétant l'un l'autre, sont, dans la plus haute signification du mot, deux «personnes» qui se valent, deux coopérateurs inséparables qui constituent ensemble l'humanité, deux êtres qui, revêtus de la même dignité, soumis à la même responsabilité, ont même droit au respect, à la lumière, à la vie.

Et cette affirmation de principes est d'une portée incalculable. De là découleront, en effet, beaucoup de réformes, ou mieux, beaucoup de «réparations» que l'équité réclame, alors même que, dans la pratique, elles ne se résoudraient point nécessairement, pour la généralité des femmes, en avantages immédiats et en profits certains. Mais, au moins, la «personne» de la femme sera élevée par la loi au même niveau que la «personne» de l'homme; et cette sorte de déclaration de ses droits complétera et achèvera la déclaration des nôtres.

Seulement, les droits de l'individualité ont des limites. Ceux de la femme, par conséquent, doivent être expressément subordonnés aux intérêts supérieurs de l'espèce, de la famille, de la société. Et cette subordination des parties à l'harmonie de l'ensemble ne saurait blesser ni humilier personne. Les sexes ne sont pas faits pour lutter séparément, et encore moins pour se jalouser et se combattre en vue de satisfactions égoïstes qui mettraient en péril l'avenir de la race. A chercher leur voie en des directions antagoniques, ils tourneraient le dos au progrès et au bonheur. C'est la destinée du couple humain de collaborer, dans l'union la plus étroite, au bien général de la communauté.

Dès lors, l'oeuvre de réparation poursuivie par le féminisme ne devra jamais se départir de la règle suivante: Il faut que la femme puisse être légalement tout ce qu'elle peut être naturellement. Rien de plus, rien de moins. Il faut que la femme soit à même de réaliser en sa vie l'idéal humain aussi librement, aussi parfaitement que l'homme dans la sienne. Plus de compressions qui annulent le sexe faible; point de réactions qui découronnent le sexe fort. Ne violentons point la nature, mais obéissons à la justice. Égale personnalité, égale dignité, égale considération, égale culture morale, égal développement intellectuel s'il est possible, dans une coordination réciproque, dans la coopération voulue et recherchée, dans la solidarité acceptée et chérie, pour tout ce qui sert les fins de la famille, du mariage, de la patrie, de l'humanité, tel est notre idéal. Ainsi rapprochée de l'homme en droit et en raison, la femme, restée femme par la tendresse et la grâce, sera plus digne de son respect sans être moins digne de son amour.