CHAPITRE II

A propos de la capacité cérébrale de la femme

SOMMAIRE

I.--Les variations de l'anthropologie.--Le cerveau de la femme vaut-il celui de l'homme?--Craniométrie amusante.

II.--Les savants se réservent.--Une forte tête ne se connaît bien qu'a ses oeuvres.

Pour connaître la puissance intellectuelle de la femme, trois moyens nous sont offerts: 1º rechercher la capacité cérébrale des têtes féminines,--ce qui suppose une excursion dans le domaine des sciences biologiques; 2º envisager la production intellectuelle des deux sexes,--ce qui nécessite une étude d'histoire littéraire; 3º fixer les aptitudes mentales de la femme,--ce qui implique un essai de psychologie comparée. Nous utiliserons successivement ces trois procédés d'investigation.

Et d'abord, quelle est la capacité cérébrale de la femme? et, ce point étudié, de quel développement et de quelle culture est-elle susceptible? A cette question, le féminisme fait une réponse très simple et très catégorique: l'intelligence de la femme égale celle de l'homme et, conséquemment, l'instruction des deux sexes doit être la même. C'est ce qu'il faut apprécier avec indépendance et impartialité.

I

Au dire des anthropologistes, le problème de rivalité intellectuelle qui s'agite entre l'homme et la femme serait d'ordre cérébral, et la seule crâniologie aurait compétence pour en fournir exactement la solution. Moi, je veux bien! Quoiqu'il paraisse que le compas, la balance et le crâniomètre soient des instruments un peu grossiers pour peser l'impondérable et appréhender, mesurer, fixer l'insaisissable, il est clair, en tout cas, que l'intellectualité humaine dépend de l'organisme cérébral. C'est une question de tête. Les spécialistes se sont donc emparés du cerveau de la femme; ils l'ont tourné et retourné dans tous les sens, scrutant les lobes frontaux et les lobes latéraux, le volume, le poids, le nombre et la finesse des ramilles et des circonvolutions, la proportionnalité de leur masse à la moelle épinière et à la colonne vertébrale; et à l'heure qu'il est, nos docteurs ne savent qu'en penser. Si la femme n'est pas en agréable posture devant la science, celle-ci ne fait pas grande figure, pour l'instant, devant la femme.

Non pas que les observations acquises manquent d'intérêt. C'est ainsi qu'on a constaté que, pour la capacité crânienne, les Chinoises l'emportent sur les Parisiennes. Il paraîtrait même que, sous ce rapport, nos élégantes seraient à peine supérieures aux gorilles. Voilà qui est flatteur pour le singe. De plus, on nous assure gravement que le Parisien mâle n'a qu'une faible prééminence sur l'homme jaune. Un des plus petits crânes connus est celui de Voltaire qui n'a jamais passé pour un imbécile. Le cerveau de Lamennais et celui de Gambetta n'avaient qu'un poids inférieur à la moyenne: étaient-ce donc des pauvres d'esprit? La plus volumineuse cervelle est celle de la baleine: soutiendrez-vous que cette grosse bête a du génie? Non; la grosseur du cerveau n'est pas, à elle seule, un signe de supériorité intellectuelle. L'esprit ne se mesure pas au poids. La fourmi et l'éléphant sont intelligents à leur manière.