Psychologie du sexe féminin
SOMMAIRE
I.--Du tempérament féminin.--Impressionnabilité nerveuse et sensibilité affective.--La perception extérieure est-elle moins vive chez la femme que chez l'homme?--Sentiment, tendresse, amour.
II.--Vertus et faiblesses du sexe féminin.--Les femmes sont extrêmes en tout.--Pitié, dévouement, religion.--La femme criminelle.--Coquetterie et vanité.
III.--Petits sentiments et grandes passions.--La volonté de la femme est-elle plus impulsive que la nôtre?--Indécision ou obstination.--Le fort et le faible du sexe féminin.
J'ai induit du passé qu'il semblait difficile à la femme de s'élever aux sublimes créations du génie, et que la nature l'avait confinée jusqu'à nos jours au second rang de l'intellectualité,--l'homme ayant mérité par ses oeuvres d'occuper le premier. Cette question de préséance résolue, il est intéressant de rechercher pourquoi la femme a été empêchée jusqu'ici de se hausser au niveau de la pensée masculine et de disputer victorieusement à nos grands hommes la palme scientifique, artistique et littéraire. S'il se trouve que cette disparité tienne, comme nous l'avons affirmé, à sa complexion, à sa nature, à son tempérament, à sa constitution même, nous serons autorisé à conclure qu'à moins de refaire le monde,--ce qui dépasse les forces humaines,--l'égalité absolue des sexes, dans les fonctions et dans les oeuvres, est un leurre.
Ici donc, un peu de psychologie ne sera point déplacée. Et puisque d'un avis unanime, le tempérament intellectuel et moral est le reflet du tempérament physique, il est à prévoir que les différences de sexe se traduiront par des différences d'aptitude et d'inclination.
I
L'expérience de tous les temps atteste que la femme est plus impressionnable que l'homme; et par là, j'entends que la faculté d'être ému, la faculté de jouir et de souffrir, d'aimer ou de haïr, la faculté de s'ouvrir à la crainte ou au désir, au chagrin ou au plaisir, occupe une plus large place et joue un plus grand rôle dans sa vie que dans la nôtre. Bref, la sensibilité est son partage et le sentiment son triomphe. A tel point qu'Auguste Comte a pu dire du sexe féminin qu'il est, par excellence, le «sexe affectif».
Et cette sensibilité émotive ne va point, disent les physiologistes, sans une certaine insensibilité physique. M. Lombroso, notamment, affirme que la perception extérieure est moins vive chez la femme que chez l'homme. Maintes fois les médecins ont constaté que les femmes supportent mieux que nous les opérations chirurgicales. Dans une épidémie, leur attitude est admirable de courage et de sang-froid. Nul n'a plus de calme auprès des malades, plus de dextérité pour panser une blessure. Mais cette résistance à la douleur physique vient-elle d'une moindre sensibilité organique? Si la femme se raidit si fortement contre la souffrance, nous aurions tort peut-être d'en conclure qu'elle la ressent moins que nous. N'est-ce pas le propre des natures sensibles de réagir avec vigueur et promptitude contre les épreuves et les dangers? Plus l'action est violente, plus la réaction est énergique. Pour le moins, ce privilège des femmes à supporter la douleur corporelle est une heureuse précaution de la nature, la vie leur réservant d'innombrables occasions de souffrance. Et le professeur italien explique cette immunité relative du sexe féminin par ce fait que nos soeurs ont le goût moins développé, l'oreille moins délicate, l'odorat moins fin, l'oeil moins vif et le tact moins subtil que la généralité de leur frères.
Mais si les femmes sont douées de sens plus obtus,--ce dont je ne suis pas très convaincu,--nous ne pouvons, du moins, leur disputer le «record» de la sensibilité affective Tous les graphologues sont de cet avis: l'écriture féminine révèle une impressionnabilité très vive. Au fond, le tempérament de la femme est plus émotif que le nôtre. Il faut peu de chose pour la remuer, la troubler, l'ébranler jusqu'aux larmes. Par l'effet d'un système nerveux plus excitable, plus sensitif, plus vibrant que celui des hommes, elle est plus ouverte aux inquiétudes, aux tendresses, aux passions. La pitié a dans son âme des retentissements plus profonds et des prolongements plus durables. Elle se console moins vite que l'homme. Aussi la tradition populaire et artistique a personnifié la compassion, la piété, le dévouement, la charité, tous les plus beaux mouvements du coeur, sous les traits de la femme.