I

Bien que les femmes aient le sentiment et l'amour du beau, dès qu'elles prennent en main le pinceau, le crayon ou l'ébauchoir, elles n'arrivent guère qu'à réaliser le gracieux et le joli. Cherchez dans les musées les chefs-d'oeuvre signés d'un nom féminin: la liste en est brève. Par contre, le sexe féminin possède un remarquable talent d'assimilation, d'adaptation, d'interprétation. C'est pourquoi, dans les arts, la femme devient une excellente élève. Mais combien rarement elle se hausse à la maîtrise! C'est une observation souvent faite que, même dans les domaines de la parure et de la mode, l'homme l'emporte par ses créations et ses nouveautés. Voyez les femmes artistes et les femmes auteurs: il en est peu qui soient douées d'une réelle originalité de conception, de couleur, de facture. Elles adoptent un maître et pastichent adroitement son genre et son style.

De même, avec toute leur musique, les femmes pianistes ne comptent dans leurs rangs que des compositeurs de second ordre. Aux femmes peintres ne demandez point les larges effets, les touches hardies et vigoureuses: leurs préférences vont communément à l'aquarelle et à la miniature, aux natures mortes et aux fleurs, à tout ce qui exige la grâce et le fini du détail. En général, la main féminine n'excelle que dans les genres secondaires, parce qu'elle a plus de souplesse que de force. Malgré toute leur imagination, les femmes ont mille peines à s'élever jusqu'à la puissance créatrice. Le souffle leur manque. Elles ne sont pas de force. Et au lieu d'affirmer avec éclat un tempérament personnel, la plupart n'arrivent qu'à manifester avec grâce un talent d'emprunt.

Mais si, dans l'ordre esthétique, les femmes créent difficilement, par contre, elles copient en perfection. Combien sont admirables dans l'exécution d'un morceau de chant ou de piano? Nulle tâche ne leur convient mieux qu'un tableau à reproduire, un rôle à apprendre, une scène à jouer. Plus peut-être que le sexe masculin, elles fournissent au théâtre d'admirables artistes dramatiques, danseuses et cantatrices. Je n'aurai pas l'impertinence d'en conclure que les femmes sont naturellement plus comédiennes que nous, mais seulement, avec leur sympathique historien M. Ernest Legouvé, qu'elles sont douées d'«une facilité d'imitation qui se prête à merveille aux arts de l'interprétation.»

Et parmi ceux-ci, nous devons faire une place à part aux arts décoratifs, qui ne sont que la vulgarisation de l'esthétique, son adaptation à l'ameublement, à la céramique, à l'ornementation de nos intérieurs domestiques. En ce genre délicat où le sens et le goût de la parure sont de rigueur, beaucoup de jeunes filles font preuve d'un talent exquis.

II

On vient de voir que les femmes, malgré le goût qu'elles ont pour le beau, ne comptent qu'un petit nombre de représentants éminents dans la peinture, la sculpture et moins encore dans la musique et l'architecture. Sont-elles mieux douées pour la recherche scientifique? C'est douteux. Rares sont les découvertes et les inventions qui sont sorties d'une tête féminine. Et pourtant les femmes sont aptes à tout apprendre, à tout retenir; elles peuvent s'adonner avec succès aux mêmes études que l'homme; elles brillent même en tous les domaines où le rôle de la mémoire est prépondérant. Les menus détails des sciences naturelles ne les effraient ni ne les rebutent. Zoologie, botanique, géologie, physique, chimie, les étudiantes saisissent tout cela avec des facilités égales, sinon supérieures, à la moyenne des étudiants. A la fin de l'année 1900, deux jeunes filles ont, à notre Université de Rennes, remporté les deux premiers prix aux concours de l'École de pharmacie.

L'intelligence féminine n'est pas plus réfractaire aux sciences exactes. Guidée par de bonnes méthodes, elle raisonne avec sûreté sur les chiffres et les figures; elle apprend parfaitement la géométrie, l'algèbre, l'astronomie; elle ne recule même pas devant les mathématiques pures. Bon nombre de femmes supérieures y ont acquis un renom enviable. J'ai un fait à citer. A l'observatoire de Paris, les frères Henry ont entrepris l'inventaire du firmament et la carte photographique du ciel. Une fois les images obtenues, il faut reporter toutes les étoiles à leur place exacte et, pour cela, déterminer leur latitude et leur longitude sur la sphère astronomique, comme on l'a fait pour chaque ville sur les mappemondes que nous connaissons. Or, rapporte un témoin oculaire, «ces déterminations, qui nécessitent des mesures fort minutieuses et des calculs d'une complication et d'une précision extrêmes, sont confiées à six jeunes filles qui travaillent toute la journée sous la direction de Mlle Klumpke, dans un petit pavillon construit récemment; et leur compétence, leur assiduité, leur activité, font l'admiration de tout le personnel de l'Observatoire [65].