[Note 65: ][ (retour) ] C. de Néronde, l'Observatoire de Paris. Revue illustrée du 1er novembre 1896.
Voilà, certes, un bel et noble exemple. Mais les féministes auraient tort d'en triompher, cette exception brillante confirmant nos vues au lieu de les contredire. Nous avons reconnu aux femmes (le fait que nous venons de citer en est une nouvelle preuve) le goût de l'ordre, l'amour du détail, de grandes facilités de mémoire et d'accumulation. Elles sont minutieuses et obstinées. Nous savions encore qu'elles font d'admirables comptables. Comment s'étonner, après cela, qu'elles puissent faire parfois d'excellentes calculatrices? Les mathématiques ne sont point de nature à faire battre violemment leur coeur, à échauffer leur imagination, à émouvoir et à surexciter leur sensibilité. Par conséquent, leur vision reste nette et leur calcul exact.
En toutes les branches des études mathématiques, physiques ou naturelles, nous pouvons, dès maintenant, conjecturer que les étudiantes feront une concurrence redoutable aux étudiants. Non que la science des femmes doive l'emporter un jour sur la science des hommes. Encore qu'elles apprennent aussi bien que nous, les femmes sont moins capables de ces généralisations lentes et méthodiques, de ces recherches patientes et scrupuleuses, sans lesquelles l'esprit humain est impuissant à s'élever jusqu'à l'invention scientifique. Avec de bons maîtres, il est donné au cerveau féminin de s'assimiler aisément toutes les vérités, toutes les connaissances. Mais la pensée créatrice, inséparable sans doute de la puissance physique, sortira toujours des têtes masculines avec plus de vigueur et d'abondance. Il n'est donc pas à croire que les femmes parviennent jamais à nous arracher, en tous les genres, la primauté de la production intellectuelle et du génie souverain.
Où la faiblesse de l'esprit féminin s'accuse avec le plus de netteté, c'est dans le domaine des idées générales. De l'histoire les jeunes filles retiennent surtout les faits, les dates, les anecdotes, sans remonter aux causes, sans embrasser les ensembles. En morale, elles font appel à leurs souvenirs, aux leçons reçues, aux formules apprises. Elles acceptent l'enseignement du maître comme parole d'évangile. Elles reproduisent les jugements d'autrui ou émettent des arrêts avec précipitation. Elles ne brillent point par la patience et la prudence; elles ne savent pas se défier d'elles-mêmes. La critique les déconcerte; le doute les effraie. Elles n'ont pas l'esprit philosophique. Seulement, les plus fines, les plus femmes, se rattrapent sur la psychologie des sentiments, le coeur n'ayant point de secrets pour qui sait vivement sentir et aimer.
Par ailleurs, le droit leur semble peu accessible: c'est qu'il y faut apporter, plus qu'on ne le suppose, de l'esprit d'observation, de la logique, de la droiture, de la mesure. Les femmes ont tant de peine à être justes! Le peu qu'elles aient produit jusqu'à présent dans l'ordre juridique, manifeste une partialité véhémente sur tous les sujets où elles ont quelque intérêt d'amour-propre, et ne dépasse guère une honnête médiocrité pour le surplus. Je doute qu'elles fassent jamais d'équitables jurisconsultes. Et quant aux larges constructions des historiens, quant aux spéculations profondes des philosophes et aux vastes enquêtes des sociologues, si mince est aujourd'hui le bagage des femmes, qu'il est à leur conseiller de ne point nourrir, sur ces points, de trop grandes espérances d'avenir.
III
Et la littérature? Beaucoup de maîtres ont observé qu'en règle générale les filles ont plus d'aptitude pour les lettres que pour les sciences, l'imagination l'emportant, comme on l'a vu, sur toutes les autres facultés de l'esprit féminin.
En tout cas, les femmes nous surpassent sans contredit dans la causerie et l'épître, et en cela elles sont bien femmes. Plus aptes que les hommes à recevoir les impressions et à les retenir, il est naturel qu'elles se plaisent à les exprimer. De là cette facilité d'élocution, cette abondance de parole,--je n'ose dire ce bavardage,--qui se remarque dès le plus jeune âge. L'expérience atteste que les petites filles commencent à parler avant les petits garçons. L'aisance du langage est un don féminin. Les Chinois en ont fait un proverbe: «La langue est l'épée des femmes: elles ne la laissent jamais rouiller.» Et cette verbosité est fille de la sensibilité.
Impressionnables et loquaces, les femmes doivent, non seulement briller en conversation, mais encore exceller dans le style épistolaire, qui n'est qu'un monologue à bâtons rompus. Tandis que l'homme cherche l'ordre, vise à l'idée et rédige une lettre comme il composerait un mémoire, froidement, logiquement, la femme s'en tient aux faits qui l'ont émue, aux menus incidents de la vie qu'elle mène; et sa prolixité vagabonde et attendrie devient une grâce et un mérite. Lors même qu'une femme de talent ou d'esprit se mêle d'écrire une oeuvre de longue haleine, il lui est difficile de réagir contre le flux d'impressions et de mots qui emportent sa plume au hasard. Ici ses facilités se tournent en défauts. On a remarqué bien des fois que ses livres sont rarement d'une construction parfaite et d'une égalité soutenue. Ils valent moins par l'ensemble que par les détails, presque toujours gracieux et piquants, qui figurent alors de fines perles dispersées auxquelles manqueraient un lien et un écrin.