Le féminisme et la natalité
SOMMAIRE
I.--Conséquences extrêmes du féminisme «intégral».--Ses craintes d'un excès de prolificité.--Pas trop d'enfants, s'il vous plaît!--Raréfaction humaine a prévoir.
II.--Diminution des naissances.--Le féminisme intellectuel et la stérilité involontaire ou systématique.--Le droit a l'infécondité.--Luxe et libertinage.
III.--Calculs restrictifs de la natalité.--Inquiétantes perspectives.--Ou est le remède?
IV.--Coup d'oeil rétrospectif.--Quelle est la fin suprême du mariage?--Nos devoirs envers l'enfant.--Appel aux mères.
Nous n'avons pas encore épuisé toutes les conséquences malfaisantes du «féminisme intégral». Non content de poursuivre la ruine du mariage, il ne se gêne pas de porter la main sur l'auguste maternité pour la flétrir et la découronner. Après les libérations de l'amour, le débordement des mauvaises moeurs est inévitable. Socialement parlant, là où le mariage cesse, le libertinage commence. La femme, qui proclame l'émancipation du coeur, est une malheureuse désorbitée que n'arrête plus guère le respect d'elle-même. La maternité l'effraie. Elle a peur de l'enfant. C'est l'ennemie de la race.
I
Là encore, le féminisme révolutionnaire nous fournit de curieuses indications sur les déviations affligeantes du sentiment familial, en des âmes que l'individualisme orgueilleux et sensuel a touchées et perverties. Voici, d'abord, le singulier scrupule qui tourmente M. Jean Grave: dans une société vraiment libre, où «tous ne demanderont qu'à épancher leurs sentiments affectifs [190],» où l'être humain pourra «satisfaire à tous ses besoins», où les pères et mères n'auront plus «ni capital à débourser ni privations à s'imposer pour élever leur progéniture,» dans ce Paradis reconquis, n'aurons-nous pas à redouter une multiplication excessive de l'espèce? Ayant cessé d'être une charge, la reproduction ne sera plus qu'un plaisir. Et comme nulle obligation n'est imposée aux parents anarchistes de prendre souci de leur descendance, l'homme n'aura plus «aucune raison de craindre un accroissement de famille.» Et vous voyez la conséquence: les enfants vont pulluler «comme les petits lapins.» Nos ressources suffiront-elles pour nourrir cette surabondance de population?
[Note 190: ][ (retour) ] La Société future, p. 340.
A cette question inquiétante, M. Jean Grave, qui ne manque pas d'imagination, oppose d'abord tous les progrès de l'agriculture anarchiste. Avec un outillage perfectionné, avec une connaissance plus approfondie de la nature des terres, avec une application plus savante des engrais, «l'humanité a de la marge devant elle avant de s'encombrer de ses enfants.» Et puis, dans le monde nouveau, chacun pourra se déplacer, émigrer, voyager «le plus facilement du monde,» sans frais et probablement sans accidents. Les poupons eux-mêmes s'élèveront tout seuls. Vous en doutez? «Quelles facilités ne trouverait-on pas dans une société future où les produits ne seraient plus sophistiqués par des trafiquants rapaces, où la nourriture des animaux choisis pour l'allaitement de l'enfance serait appropriée à sa destination, où les animaux eux-mêmes seraient placés dans des conditions de bien-être qui en feraient des animaux robustes et sains? [191]» Heureux bétail! Heureux poupons! Plus d'anémie, plus de phtisie, plus de maladie. Un ruissellement de bon lait, une abondance intarissable de toutes choses, la plénitude de la vie et de la joie: tel est l'avenir que nous promet la divine anarchie! Si, après cela, nos arrière-petits-neveux ne sont pas contents, il faudra vraiment désespérer de satisfaire le coeur humain.
[Note 191: ][ (retour) ] La Société future, pp. 343, 349, 355.