Et d'abord, les prétentions féminines aux tâches et aux emplois des hommes sont grosses de périls pour la santé des femmes. Tout en souscrivant à leurs revendications, pour ce qu'elles ont de rationnel et d'humain, tout en reconnaissant que certaines exigences économiques leur font parfois une nécessité de marcher sur nos brisées,--on ne peut s'empêcher de trembler pour leur complexion plus délicate et plus fragile que la nôtre. Qu'elles choisissent bien leur voie! Plus d'une occupation virile leur serait meurtrière. Qu'elles ne se flattent point d'avoir, en tout et partout, la force de nous imiter, de nous suppléer, de nous évincer sans dommage! Pour ne parler que des fonctions libérales, douces en apparence et si enviables en fait, sont-elles nombreuses les têtes féminines capables de résister aux fatigues, à l'énervement des recherches et des travaux intellectuels? La plupart des carrières scientifiques et professorales, par l'application continue, par la tension cérébrale et même l'endurance corporelle qu'elles supposent, exigent de quiconque veut s'y élever et s'y maintenir une certaine robustesse générale, un solide équilibre mental, une très forte santé physique et morale. Que de vies l'effort intellectuel a brisées prématurément parmi nous! Que sera-ce parmi les femmes? Ne risquent-elles point de payer d'un épuisement prématuré l'ambition d'égaler et d'imiter le sexe fort? N'ont-elles rien à craindre du surmenage?
Un exemple, en passant: il concerne une fonction à laquelle, pourtant, nous avons montré que la femme semble appelée par de nombreuses convenances sociales. De l'avis des médecins allemands, «une femme ne peut pas affronter les fatigues médicales sans de sérieux dangers pour sa santé: son organisme est trop délicat pour des travaux aussi rudes et aussi prolongés.» Et Mme Arvède Barine, à laquelle j'emprunte ce témoignage, ajoute: «Je dois dire que les lettres des médecins, que j'ai sous les yeux, sont presque unanimes à mettre le public en garde contre l'influence pernicieuse du travail cérébral à haute dose pour les jeunes filles. Qu'elles ne commencent au moins qu'après vingt ans, écrit l'un d'eux. Autant dire qu'elles doivent renoncer aux carrières libérales [201].» Les médecins français que j'ai pu consulter ne pensent pas autrement.
[Note 201: ][ (retour) ] Progrès du féminisme en Allemagne. Feuilleton du Journal des Débats du 2 décembre 1896.
Et ce n'est rien d'étudier en vue d'une profession virile: il faut plus tard l'exercer. Pour une femme dont la tête et le corps résisteront vaillamment aux fatigues et aux veilles, combien tomberont le long du chemin ou n'apporteront au mariage qu'une fécondité appauvrie, une constitution débilitée, pour le plus grand malheur des enfants? Sans compter que le féminisme intégral se soucie peu des devoirs encombrants de la maternité; et c'est là le troisième péril qu'il fait courir à l'humanité future.
CHAPITRE III
Femmes d'aujourd'hui et femmes de demain
SOMMAIRE
I.--Troisième risque: l'orgueil individualiste.--Du devoir maternel.--L'écueil du féminisme absolu.--Les tentations de l'amour libre.
II.--Ce qu'est la puissance de la femme sur l'homme.--La «Grande Féministe» de l'avenir.--Une créature a gifler.--Avis aux honnêtes femmes.
III.--Ce qu'elles doivent défendre: la famille, le mariage et l'enfant--Pourquoi?
IV.--Dernier conseil.--Appel en faveur de la paix domestique et de la paix sociale.--Pax nobiscum!
Après le surmenage intellectuel, qui risque d'épuiser prématurément en la jeune fille les énergies et les grâces de la vie, après la concurrence économique, dont l'âpreté croissante peut compromettre gravement le repos et la dignité de la femme, nous redoutons pour l'épouse l'orgueil individualiste, qui dessèche et tarit toutes les sources de l'amour et du sacrifice.