Lorsqu'on apercevait dans une rue de bourgade la bête de labour qui traînait, essoufflée, cette sale relique d'un autre âge, on disait:

—Voilà notre député.

Depuis qu'il avait supplanté son prédécesseur, à l'aide de ses trucs et de ses manœuvres champêtres, il s'était emparé, non sans adresse, de ses électeurs, grands enfants faciles à éblouir, et s'était établi dans la contrée comme un lord anglais dans un bourg pourri.

Il y en avait qui disaient en le voyant si rond, si paterne, si généreux en paroles, la main et le cœur constamment ouverts:

—Ce pauvre M. Mahirel, il s'ôterait le pain de la bouche pour nous.

En somme, il ne s'ôtait rien du tout, encaissait son traitement, économisait ses rentes, poussait sa progéniture, casait ses amis, et vaquait à ses petites affaires, gratis, à l'aide de cette bonne loi du parcours gratuit qu'il avait votée avec enthousiasme.

Au demeurant, le meilleur député du monde.

Il ne fallait donc pas songer à le renverser du piédestal où il s'était juché, comme un perroquet sur son perchoir.

C'était un malin.

Aussi, à la nouvelle que lui apprenait sa femme, Chazolles qui dissimulait avec elle pour la première fois de sa vie, se sentit intérieurement flatté de l'ouverture prochaine de cette succession.