Chaque jour elle était plus ravissante avec ses cheveux tombant en torsades sur sa nuque ronde et ferme, avec la rose éclatante tranchant sur la neige de sa peau, dans l'échancrure de sa robe claire, avec ses bas de soie tirés avec soin et ses petits souliers découverts moulant un pied d'Espagnole, avec ses mains d'enfant, soudées à ses bras par un poignet d'une aristocratique délicatesse.

Dans cette muette comédie de l'amour, tous les avantages étaient de son côté.

Elle savait ce qu'elle voulait et où elle allait.

Elle n'avait plus besoin de s'initier à la science du libertinage, dont elle avait à loisir pris les dernières leçons.

Sous un visage d'une sérénité de vierge, elle cachait les instincts les plus dépravés.

Il fallait entendre sa tante, madame Pivent, raconter son histoire à sa voisine des halles, Florence Capin, lorsque, sur les dix heures du matin, Angèle venait, rayonnante et parée, dans ses toilettes fraîches, embrasser à deux bras la grosse poissonnière.

—Elle est jolie comme un ange, votre nièce, disait Florence. Qu'est-ce qu'elle fait?

—Rien.

—C'est vous qui lui payez ses belles robes et ses chapeaux à plumes, madame Pivent?

Un hoquet montait à la gorge de la marchande, mais elle répondait tout de même, avec un étranglement qui passait: