C'était bien là un ancien couvent transformé en château par d'intelligents propriétaires.
Le Val-Dieu était, en effet, un monastère au siècle dernier. Il appartenait à l'ordre des Cisterciens.
Vendu à la Révolution, il fut racheté en 1834, après avoir passé en diverses mains, par un ancien conseiller à la Cour de cassation, M. Frédéric Chazolles, qui, possesseur d'une grande fortune, prit en affection ce séjour délicieux et consacra ses dernières années à son embellissement.
C'est là que Maurice Chazolles, son fils unique, était né, il y avait une quarantaine d'années.
Après les plus brillantes études à Louis-le-Grand, en compagnie de Valéry Duvernet, son intime, lié avec lui par une amitié d'enfance, comme le vieux Chazolles et le père Duvernet, un armateur du Havre, l'étaient avant eux, Maurice était venu se retirer auprès de son père, veuf alors, atteint de la maladie des opulents, qui l'avait enlevé, après une lutte désespérée dans laquelle la science avait été impuissante, et sept à huit années de souffrances courageusement supportées.
Lorsqu'il avait perdu son père, Maurice avait vingt-quatre ans.
Il venait d'épouser, quelques mois auparavant, une adorable femme, mademoiselle Hélène Châtenay, l'aînée des deux filles d'un voisin de campagne qui habitait l'été une fort belle terre située à trois lieues du Val-Dieu, de l'autre côté de la forêt du Perche.
Mademoiselle Hélène Châtenay avait alors dix-neuf ans.
C'était une fille d'une grande beauté. Impossible pour une brune d'être plus séduisante. Des yeux veloutés où se reflétait la pureté d'une âme franche et loyale; des cheveux noirs à pleines mains; une bouche mignonne dont deux rangées de perles sans défaut ornaient le sourire; un nez fin, un cou et des épaules d'un dessin énergique, une santé à défier les années et les fatigues, c'était plus qu'il n'en fallait pour passionner Maurice.
Les deux époux formaient le couple le mieux assorti qu'il fût possible de rencontrer.