—Que faites-vous de votre liberté?
—Pourquoi cette question?
—Parce que je m'intéresse à vous; parce que depuis que je vous ai aperçue, dimanche, en quittant l'assemblée, j'ai été frappé comme d'un coup de foudre; parce que je sens que vous êtes liée à mon existence, que vous me révélez un monde inconnu, une vie nouvelle; parce que je ne peux plus respirer où vous n'êtes pas, qu'il m'est venu une passion unique: vous voir, vous posséder; parce qu'enfin je suis décidé à faire ce qui est humainement possible pour gagner votre amitié et vous obtenir de vous-même. Je veux que vous soyez à moi et que vous m'aidiez à réaliser cette espérance.
—Et quand je le voudrais, est-ce que je le pourrais?
—Pourquoi non? puisque vous êtes indépendante.
—Oui.
—C'est donc facile.
—Sans doute, ma tante ne me gêne pas, la pauvre femme et, quant à mon cousin Méraud, pourvu qu'il pêche à la ligne dans vos étangs, les révolutions de la terre ne l'occupent guère, mais vous! Vous n'y songez pas! Vous vous emballez comme un cheval de steeple qu'on attellerait à la guimbarde d'un maraîcher! Vous ne voyez pas les obstacles.
—Ces obstacles, où sont-ils?
Elle lui posa sa main gantée, une petite main nerveuse, sur le bras et s'arrêtant: