L'autre, Abraham Saller, dont Angèle, effrayée de l'ennui qu'il distillait, avait fui les approches jusqu'au fond de la Normandie, se lamentait de la perte de son Eurydice et la demandait, sans accompagnement de lyre, à tous les échos.
Il avait pris son parti des profanations du duc de Charnay qui avait eu la primeur de son mobilier de la rue de Londres et des faveurs de sa maîtresse. Il se tenait pour satisfait de l'avoir supplanté après l'avoir été lui-même.
Le duc avait gagné la première manche; Abraham la seconde.
Restait la belle.
Mais les joueurs étaient disposés à s'entendre.
Sans se parler, ils se comprenaient.
Ni l'un ni l'autre n'exigeait une fidélité absolue.
Abraham Saller, pour qui l'amour même était une affaire, aurait volontiers accepté une commandite dans laquelle chacun eût apporté sa part et prélevé ses bénéfices. Il y a dans la corruption moderne de ces compromissions.
Ce qu'il voulait, c'est Angèle aux heures où il s'ennuyait et elles étaient nombreuses.
Elle le divertissait, très amusante, très spirituelle à la façon des gavroches, intelligente autant que vicieuse.