Eux ils la plongeaient, au bout d'une soirée, dans un hébétement complet. Elle ne tardait pas à s'apercevoir du vide de ces Lauzuns ratés qui faisaient la roue autour d'elle, paons sans queue et sans couleurs, singeant les marquis du talon rouge sans avoir leurs bons mots, leurs dentelles, leurs grands airs ou leur tempérament; mesquins dans leurs générosités, idiots dans leurs causeries râlant sur des sujets rebattus, toujours les mêmes, les chevaux ou les cabotines, usés par les nuits du cercle et les émotions du jeu, fripés enfin à vingt-huit ans comme des pommes de reinette sur la paille des celliers, vers Pâques ou l'Ascension.
Il n'y avait pas trois mois qu'elle était la maîtresse d'Abraham Saller, que malgré ses absences, ses fugues au Chat noir ou au Rat mort, deux établissements célèbres hantés par les rapins et les poètes, malgré ses échappées au refuge de la tante Pivent, où elle se retrempait dans l'air de sa jeunesse, un air imprégné d'odeurs de marée et de parfums des halles, elle avait senti qu'elle ne pouvait plus résister à cette vie.
Les galanteries de ces amoureux éreintés comme des chevaux fourbus lui soulevaient le cœur.
C'est alors qu'elle avait appelé sa femme de chambre de la rue de Londres, une Malouine ramenée de Dinard ou de Paramé, rondelette, très éveillée, bonne et dévouée.
Le dévouement est une vertu bretonne.
—Rose, lui avait-elle dit, écoutez-moi bien.
—Oui, madame.
—Je m'en vais. Je ne sais pas quand je reviendrai; dans huit jours ou dans six semaines.
—Où va madame?
—C'est mon secret.