—Quand monsieur viendra?...

—Vous lui direz ce que vous savez. Rien. Si on m'écrit, vous jetterez les lettres dans cette corbeille et vous les y laisserez pêle-mêle. Je les trouverai plus tard. Dites à mes amis qu'ils se consolent. Je ne suis pas perdue. Je me retrouverai.

De là elle était allée chez sa tante et lui avait confié qu'elle était triste, qu'elle s'ennuyait. Elle allait donc faire un tour chez son cousin Méraud et respirer le bon air des champs.

—Si on te demande où je suis, dis que tu n'en sais rien, quand ce serait le président qui se dérangerait.

Elle s'était jetée au cou de la bonne femme et l'avait couverte de baisers à pleines lèvres, de ces baisers qui effaçaient toutes ses fautes et arrachaient au cœur de la poissonnière une effusion de tendresse et de joie.

Puis elle s'était précipitée dans l'escalier en lui criant:

—Je t'écrirai. Soigne-toi bien, ma tante.

Elle avait pris l'express de Granville et au moment où le jeune M. Abraham, qui ne se levait qu'à midi, dormait encore, à l'heure où il étirait sous son baldaquin de drap bleu gendarme ses membres endoloris, elle montait dans la charrette anglaise prêtée par maître Jacques à Méraud, et le cheval de labour l'emmenait à travers des campagnes plantées de pommiers et coupées d'herbages clos de haies d'aubépine.

L'astucieuse Herminie l'avait reçue à bras ouverts pour complaire au maître, mais elle se défiait, redoutant l'influence de la jeune fille et tremblant pour ses rentes futures.

Elle avait tort.