Si Angèle était pétrie de vices, elle offrait au moins un type accompli de désintéressement.
Cette bizarre créature ne considérait l'or que comme un métal en fusion destiné à lui couler entre les doigts.
Elle posait en principe, dans son esprit, que les belles fleurs, les beaux chevaux, les hôtels, les villas, les toilettes exquises, les diamants superbes, les tapis, les meubles de prix, les œuvres d'art doivent aller d'eux-mêmes aux belles filles.
Et comme son miroir entretenait chez elle une favorable opinion de ses mérites, opinion confirmée par les hommages dont on l'accablait, elle se disait que les mines d'or ne lui manqueraient pas et qu'elle pouvait le semer autour d'elle avec une insouciante prodigalité.
Ce qu'elle faisait.
D'ailleurs, il lui restait de son éducation première, et du sang dont elle sortait, un fonds de courage contre la misère et l'adversité. Elle se serait soumise sans effort aux privations les plus dures; elle aurait souffert, comme sa mère morte et sa tante Pivent, le froid humide des matins d'hiver, les courants d'air glacé qui sifflent sous les voûtes des halles; elle aurait vu ses mains violettes et son visage bleu, plutôt que de céder aux exigences d'un amant et de subir le caprice d'autrui s'il n'avait pas cadré avec le sien.
Elle était indomptable peut-être, mais il fallait lui reconnaître un caractère.
Elle ne suivait d'autre loi que sa fantaisie et s'y livrait au hasard, comme une barque d'enfant abandonnée au vent sur le bassin des Tuileries.
La Malouine avait rempli sa mission avec une scrupuleuse exactitude.
Vers quatre heures, en sortant de la Bourse où il allait flâner, le jeune monsieur Saller était arrivé à la porte de sa belle.