Ce sentier vert conduisait aux étangs.
De ce côté, la campagne était déserte.
Les gens du hameau ou de la ferme, las d'un jour pénible sous le soleil ardent, s'étaient renfermés dans leurs dortoirs, sous leurs toits de tuiles violacées.
Les serviteurs de l'ancienne abbaye n'avaient pas coutume d'errer si tard de ce côté. Les promenades du soir, de la famille Chazolles, étaient limitées aux allées du parc.
Angèle frissonnait un peu dans cette solitude.
A mesure qu'elle s'approchait des étangs, une fraîcheur de marécages avec des odeurs de joncs séchés et de plantes aquatiques lui frappait le visage; elle s'enveloppa d'une mantille noire et continua son chemin.
Bientôt elle découvrit, à l'extrémité du sentier, une vaste étendue d'eau où des grouillements de poissons paissant aux bordages, comme des troupeaux dans les herbes et des battements d'ailes de hérons ou de canards qui s'envolaient au bruit de ses pas, lui vinrent aux oreilles.
A sa gauche, c'était la plaine d'eau unie comme un miroir sous les frondaisons luxuriantes de la forêt.
A droite, de l'autre côté d'une double rangée de peupliers et d'aulnes, s'étendait un champ de blés fauchés, couchés sur le sol et par places ramassés en gerbes prêtes à enlever.
A peine était-elle parvenue au pied d'un énorme tremble planté à l'angle du champ, sur le talus d'un fossé, qu'un pas rapide se fit entendre derrière elle et bientôt un homme se dirigea vers l'arbre au tronc duquel elle s'appuyait.