Les perdrix s'appelaient au coin des haies où elles s'étaient blotties fuyant la faux des moissonneurs.
Pas un souffle de vent n'agitait les feuillages et pas un nuage ne courait sur le bleu sombre du ciel.
C'était une de ces nuits sereines qui portent à la rêverie et élèvent les âmes.
Angèle était sortie du chalet après dîner, seule. L'ancien courtier aurait bien voulu l'accompagner.
Mais il n'osait.
Herminie veillait au grain.
Elle tenait son Méraud sous une domination si solidement établie que l'esclave n'essayait même plus de secouer le joug.
Angèle était vêtue de sa robe de satinette, très ouverte et coiffée d'un chapeau de paille à la Marie Stuart sous lequel elle était à peindre.
Un rustre même se serait arrêté pour admirer la distinction de sa démarche, et c'était un plaisir de la voir, paresseuse et nonchalante, allant au rendez-vous qu'avec prudence, malgré le trouble où elle le jetait, le châtelain du Val-Dieu changeait chaque jour.
Elle suivait, d'un pas incertain, un sentier vert entre deux haies d'aubépine, s'appuyant sur une de ces grandes ombrelles qui servent de canne ou de bâton de promenade aux bains de mer, s'arrêtant à chaque instant, écoutant le vol d'un oisillon niché dans les branchages qui s'esquivait à son approche, ou le passage furtif d'un lézard qui se glissait entre deux touffes d'herbe.