L'eau, les bois, les champs, les pâturages sont là réunis et groupés pour le plaisir des yeux.

De la salle à manger, dont l'unique mais immense fenêtre était ouverte, on apercevait—sans quitter la table où des sauces exquises fumaient dans un service unique en vieille faïence de Rouen—les pelouses du parc semées d'arbres rares, catalpas, tulipiers ou magnolias à grandes feuilles et qui allaient, en s'abaissant peu à peu, jusqu'aux eaux miroitantes d'un étang de trente arpents traversé par un ruisseau qui l'alimente et se perd au-dessous à travers les prairies.

Plus loin, les champs de blé ou de trèfle se mêlent aux herbages pleins de bêtes à cornes dont les clochettes tintent au moindre mouvement, ou de poulinières suivies de leur progéniture, et le clocher de la paroisse se dresse, environné du presbytère et de quelques maisonnettes rustiques, dominé à l'horizon, au dernier plan, par les massifs de la forêt qui s'étagent en frondaisons houleuses comme les flots d'une mer agitée.

C'était la paix dans la solitude, la poésie du désert jointes au confortable de la civilisation la plus raffinée au fond d'une thébaïde.

Des boiseries de chêne, d'un prix inestimable, lambrissent le réfectoire de cet Escurial bourgeois. Elles furent l'œuvre des hôtes du monastère quatre siècles avant nous; les révolutions et le temps les ont épargnées.

Le plafond est revêtu de lambris pareils, avec un pendentif du style flamboyant, soutenant au milieu de la salle un lustre d'un artiste en métaux que les orfèvres de Charles IX ou de Henri III n'auraient pas désavoué.

—N'est-ce pas qu'on est bien ici? dit Chazolles à son ami.

—Je te crois. Verse-moi un peu de ce médoc. Il n'y a que les provinciaux comme toi pour avoir des caves.

—C'est qu'ils sont patients.

—Pourquoi ne vous voit-on pas plus souvent, cher monsieur? dit Hélène. Vous nous négligez.