Heureusement la politique était une inépuisable mine de prétextes. C'est la seule raison qui l'avait fait adopter avec enthousiasme les plans de son ami Duvernet, un bon pilote pour louvoyer dans ces passes où il ne se serait pas aventuré sans lui.
Sa candidature réussirait. Elle était nettement annoncée et il s'en occupait avec d'autant plus d'ardeur que l'amour était son unique mobile et que sa nomination serait la sauvegarde de leur liaison en lui permettant de garder sa maîtresse, sa bien-aimée, et de tromper aisément sa famille.
Il avait dressé son plan.
Il fallait à tout prix que le monde ignorât une union dont le mystère accroîtrait les délices.
En galant homme, il entendait sauver l'honneur en se ménageant le plaisir.
Le calcul était adroit et les moyens de réaliser ce double but fort simples.
Angèle écoutait avec étonnement ces déclarations étranges où il était question de politique, de famille, de maîtresse, d'épouse et d'amour violent.
Elle en était étourdie, mais l'homme lui plaisait.
Chazolles était si bon, si dévoué, si épris, et puis, il faut en convenir, il avait si haute mine, que la frêle Parisienne le trouvait de cent coudées plus émouvant que les jolis messieurs qui l'avaient courtisée jusque-là.
—Tu verras, lui dit-il, en baisant la main qu'il tenait, chaude dans les siennes, comme je te rendrai heureuse et quelle jolie prison je t'arrangerai.