Et mollement elle se laissa tomber sur la paille dorée, avec un doux sourire.

Et comme Chazolles se jetait à genoux auprès d'elle, elle lui passa ses bras autour du cou:

—Jure-moi, dit-elle très bas, que tu m'aimeras toujours.

—Oui, toujours!

Leurs lèvres se joignirent.

Et les petites étoiles blanches furent les veilleuses qui éclairèrent ce boudoir magnifique que l'amant d'Angèle n'avait pas rêvé.

Chazolles ne devait plus oublier jamais, jamais, cette tête pâle renversée sur les gerbes blondes avec lesquelles la chevelure de la jeune fille se confondait, ces bras satinés qui le serraient dans un spasme fiévreux, ces yeux entr'ouverts baignés dans une humidité nacrée, le fixant, éperdus et noyés, et ces mains douces qui le caressaient, se livrant sans réserve et sans regret.

Ce fut la minute de volupté qui marquait la fin de sa vie heureuse et commençait pour lui cette existence nouvelle, mêlée de tourments incessants, acharnés, d'agitations cruelles, de bonheurs rares et courts et de jalousies atroces que l'amour d'une femme née avec des nerfs de courtisane et des instincts de fille, entraîne à sa suite.

Le passé, pur et bleu comme un ciel de printemps, s'effaçait en se voilant.

L'horizon de l'amant d'Angèle,—car maintenant, il était bien son amant,—allait s'assombrir et recéler des orages.