Il ne voulait pas de malentendu au début d'une liaison qui durerait autant que lui et serait la fleur de son existence. Il aimait Angèle d'un amour sans rival. Toutes les fièvres du désir lui brûlaient les veines. Mais en même temps, il lui représenta l'horreur du scandale, la nécessité de maintenir la paix de sa maison et de marcher la tête haute. Si c'était pour lui un regret de ne pouvoir se parer aux yeux de tous de la beauté de sa maîtresse, il lui tiendrait compte de ses sacrifices, quand elle s'isolerait pour lui plaire, se tiendrait dans l'ombre et cacherait son amour comme ces fleurs délicates que la lumière flétrit et que tuent les rayons de soleil.
A cette heure tardive, il y avait dans l'air tiède encore d'une délicieuse soirée d'été, comme une langueur répandue, une odeur énervante de foins qui séchaient, de blés murs et de miel dont étaient imprégnés les trèfles et les sainfoins de la plaine.
Les plantes crépitaient, livrant à la terre leurs graines qui tombaient des coques entr'ouvertes.
Bientôt les deux amants ne parlèrent plus.
Chazolles tenait la jeune fille serrée contre lui, et il croyait sentir les palpitations du cœur d'Angèle, tant le sien battait avec force.
Elle, à peine troublée, flattée de son triomphe sur cette nature vigoureuse et droite, si supérieure à tout ce qu'elle avait rencontré dans ses folies, s'abandonnait entre les bras de son amant.
La nuit de noces n'était pas si éloignée que Chazolles l'avait cru.
—Allons-nous-en, dit-elle en soupirant.
Comme ils passaient auprès d'une meule de gerbes entassées, leurs yeux se rencontrèrent.
—Je suis lasse, murmura-t-elle. Je ne sais ce que j'éprouve. Un éblouissement!