—Je suis moins exigeant. Je me contenterai d'un portefeuille. Je veux être ministre. C'est là mon but, ma toquade, si tu aimes mieux.

—Pourquoi faire?

—Pour jouir de ce plaisir divin: voir les hommes à mes pieds, les sentir humiliés et prêts à toutes les bassesses pour obtenir une faveur quelconque. C'est une satisfaction d'un genre spécial que je tiens à me procurer pour compléter mes études. Je mettrai ensuite sur ma carte: «ancien ministre», et il me restera après ma première récolte de jouissances, lorsque je serai tombé à mon tour, car on finit toujours par là, et d'ordinaire ce n'est pas long, cette seconde volupté: la joie des souvenirs, qui me sera ce qu'est la vaine pâture de tes champs après l'enlèvement des gerbes, ou le regain de tes prairies après la coupe des foins. Voilà.

—Peuh! fit Chazolles, tout cela est bien creux, mon pauvre Valéry. Veux-tu que je te donne un conseil?

—Soit. Mais écoute-moi d'abord.

—Va, dit le châtelain du Val-Dieu.

—Tu as quarante ans.

—Sonnés. Nous sommes du même mois et de la même année.

—Tu arrives comme moi à la période des ambitions. Fais-toi député.

—Jamais.