Les campagnards étaient sur pied de bon matin pour soutenir leur candidat.

Chazolles n'avait pas perdu son temps. Ce qu'il avait parcouru de kilomètres les jours précédents est invraisemblable. On l'avait vu partout à la fois, envahissant les villages avec impétuosité, encourageant ses fidèles, réchauffant les tièdes, pressant les fervents, trottant par les chemins de traverse ou galopant avec une rapidité vertigineuse, visitant les gardes, les fermiers, les petites gens dans leurs chaumières et jusqu'aux charbonniers dans leurs gourbis de branchages.

Ce qu'il avait fait noircir de papier est invraisemblable.

On aurait pu semer des petits papiers pour une course au clocher d'Alençon à Brest avec les bulletins qu'on tirait pour lui.

Il publiait des journaux de renfort pour soutenir sa candidature. Toutes les feuilles de choux, à l'exception d'un Progrès obscur mais hostile, chantaient ses louanges et poussaient aux roues de son char. Le bonhomme Percheron et les autres Bonshommes des localités voisines entonnaient des dithyrambes agrestes en son honneur.

Les Glaneurs, les Avenirs, les Échos de toutes sortes s'étaient ralliés à lui.

L'homme de loi adverse le combattait cependant avec une opiniâtreté digne d'un meilleur sort et ne se rebutait pas devant les chances croissantes de ce dangereux rival.

Mais les hostilités se passaient galamment.

Jusque-là, la plume satirique de l'ennemi s'était bornée à dépeindre Chazolles comme un suppôt du despotisme, un partisan acharné des idées les plus rétrogrades, un esprit rebelle au progrès, un être pernicieux dont l'élection amènerait le triomphe des abus, la servitude des prolétaires et le prochain avènement de l'odieuse suprématie cléricale. On insinuait qu'il était ami de l'inquisition et ne serait pas éloigné d'admettre le rétablissement de la torture.

Mais on ne disait pas que Chazolles eût assassiné personne ni dépouillé les voyageurs forcés de traverser, la nuit, ses parages déserts.