Il ignorait tout de son passé et comment l'aurait-il connu?

Il ne fréquentait aucun des mondes où elle avait pris ses premiers amants, les plus infimes et les plus élevés.

Elle expliquait ses absences par la nécessité de vivre avec sa tante sous peine de perdre ses bonnes grâces et de se montrer d'une noire ingratitude envers elle.

Elle racontait à Chazolles qu'elle avait dû confesser à madame Pivent sa chute et ses faiblesses pour un amant dont elle lui cachait le nom; que la poissonnière, après avoir jeté feu et flamme, avait fini par s'adoucir et pardonner.

Angèle semblait si sincère, ses histoires étaient si naturelles, ses mensonges se mêlaient à tant de vérités; elle les enveloppait de tant de miel comme une pilule roulée dans le sucre, que Chazolles croyait tout ce qu'elle voulait, trop fier pour l'espionner.

Est-ce que ces yeux limpides qui se fixaient droit sur vous avec tant d'assurance pouvaient mentir? Est-ce que cette figure de vierge pouvait servir de masque à une âme vicieuse?

Cet homme fort, énergique, vraiment intelligent, était dominé par cette fille frêle et pâle, languissante par moments, qui s'était emparée de lui et dont il ne pouvait plus se passer.

D'ailleurs, sage jusque dans ses folies, il ne se ruinait pas pour elle.

Angèle ne l'aurait pas voulu et, au fond, Chazolles, avec sa nature restée paysanne en quelques détails, aurait résisté à la pente et enrayé à temps avant de dégringoler dans les abîmes.

Cette maîtresse brillante, soumise, facile, ne lui coûtait pas plus d'une trentaine de mille francs par an.