Il est né vers mil huit cent trente-huit, comme Chazolles, et, son père étant mort peu de temps après son entrée dans le monde, il fut élevé par un vieil oncle, garçon et sectateur d'Épicure, dans les principes les plus larges pour ce qui concernait les jouissances de ce monde éphémère, les plus étroits pour ce qui avait trait à l'administration de sa fortune.

Elle était convenable.

Le baron qui n'avait d'autre charge que sa propre guenille, qui lui était très chère, jouissait d'une cinquantaine de mille livres de rentes, en valeurs sûres, à l'abri des éventualités.

Il réglait son existence avec une sagesse exceptionnelle et un ordre admirable. Il dressait son budget avec plus de prévoyance que celui de n'importe quel État du globe et ne livrait rien aux hasards.

Le baron savait choisir ses officieux. Il en avait deux; un cocher qui soignait son cheval et son coupé, un valet de chambre attaché à sa personne et qu'il avait baptisé lui-même du nom de Jasmin.

Il connaissait la plupart des femmes de Paris et possédait cet esprit facile qui court les rues et qu'on ramasse partout, sur l'asphalte où les gamins le laissent tomber, dans les journaux, au théâtre, surtout dans les salons, et qui s'enflamme comme une allumette par le frottement, au choc des conversations.

Ce célibataire spirituel occupait à l'entresol de la maison de Chazolles un appartement de cinq mille francs très sévère et très confortable.

Sa sagesse aurait été sans défaut, comme une cuirasse modèle, s'il avait moins adoré le sexe contraire.

Mais le baron était d'une nature aussi inflammable que le bois mort, la paille sèche ou l'amadou.

Il ne pouvait voir trotter sur l'asphalte un petit soulier cambré, avec un bas bien tiré, de soie et même de fil ou de coton, sans s'acharner à sa poursuite.