Les épaules nues des femmes du monde lui causaient des titillations étranges et il se pâmait d'aise devant une cantatrice à la poitrine haletante qui se penchait sur la rampe pour lancer une déclaration au public en roucoulant son grand air.

La femme, c'était la crevasse de ses tuyaux, la fissure de son amphore, la lézarde de sa muraille.

Aussi, à quarante ans, alors que Chazolles était d'une vigueur de cariatide, il marchait, le dos voûté, en toussant à chaque minute et sa tête branlait au moindre coup de vent, mal soutenue par un cou tremblant comme celui d'un octogénaire usé et décrépit.

A chaque pas, malgré ses efforts pour se tenir droit, il penchait comme un navire affalé sur la côte, prêt à échouer.

Il ne résistait à la décadence qu'à force de cosmétiques, de maquillage et grâce à l'habileté de son tailleur, de son chemisier et aux talents de Jasmin.

Et pourtant il avait encore une foule de succès auprès des femmes, de succès dangereux et imprudents.

Il vivait sur sa réputation d'esprit, car pour le reste il était jaugé comme une vieille futaille, qui fuit d'usure et se mange aux vers.

Certes, il ne semblait pas, pour qui n'était point au courant de sa vie, un rival à redouter.

Cependant, le duc de Charnay causa moins d'inquiétude à Chazolles que ce ramolli vacillant et caduc.

Dans l'esprit du châtelain du Val-Dieu, Angèle, qui demeurait sous le même toit que le baron Germain, avait dû le rencontrer plus d'une fois.