Et regardant son ami:

—Décidément, ça ne te donne pas envie de te marier?

—N'insiste pas, dit gaiement le député.

—Tu lui ferais commettre une sottise, affirma l'espiègle avec une moue de dédain. Et les hommes d'État n'en commettent pas facilement. Ils sont forts les hommes d'État! Humph!

—Voilà la guerre qui commence, dit Hélène. M. Duvernet et Denise ne peuvent se souffrir!

—Et ils s'adorent, ajouta Chazolles.

—C'est mademoiselle qui a tiré la première, dit le député. Je constate un fait. Voyons, pourquoi m'en voulez-vous? Serait-ce parce que vous supposez que je hais le mariage?

—Peuh! répliqua la jeune fille qui s'était assise auprès de son beau-frère, qu'est-ce que votre aversion pour le mariage peut bien me faire? Est-ce que je l'aime tant que cela, le mariage? J'ai dix-huit ans, oui, monsieur, dix-huit ans accomplis, et pas d'hier encore, depuis le premier mai, s'il vous plaît. Or, on m'a demandée plusieurs fois, oui, monsieur, plusieurs fois et pas les premiers venus. Et j'ai toujours refusé net. Il y avait pourtant un marquis authentique, fort bien, ma foi, le marquis de Beauchêne, un joli nom, n'est-ce pas? Un voisin de papa, lequel voisin est toujours à Paris, et du Jockey, à ce qu'il affirme. Il est très soigné de sa personne, vétilleux même, et il a un très bon tailleur, Alfred ou Édouard, je ne sais pas. Et ce qu'il sent bon, cet être-là! C'est comme un flacon de Lubin ou de Rimmel. A vrai dire, je le crois décavé, à fond, et c'était plutôt ma dot qui lui tirait l'œil, mais enfin j'aurais été marquise, oui, monsieur, marquise, et c'est flatteur.

—En effet, mademoiselle.

—Il y a aussi ces messieurs de Pontpercé, un drôle de nom, mais ils ne l'ont pas fait, n'est-ce pas?—noblesse antique, des hobereaux sans le sou, mais très intéressants! Ils m'ont demandée tous les deux, successivement bien entendu. J'ai refusé. Une demi-douzaine d'autres encore parmi lesquels un préfet...