Un homme du meilleur monde retour de soirée.

Ses traits blafards étaient fatigués; de courts favoris, très clairs, frisés par le coiffeur, ombrageaient les joues molles, vers les oreilles. Le crâne était déplumé, les yeux mourants, la bouche usée, fripée comme une loque.

L'ensemble était pauvre, flétri et cependant l'homme ne produisait pas une impression désagréable.

Le masque était éclairé par une flamme intérieure, comme la corne d'une lanterne par un bout de bougie.

Cette flamme, c'était l'esprit du célibataire narquois, toujours prêt aux saillies, aux critiques, aux mots qui relèvent la conversation comme le piment les sauces, amusent, raillent et souvent déchirent comme des griffes.

Le baron Germain—car c'était lui—cachait les siennes sous le velours de ses politesses.

Il s'était relevé, non sans peine, en portant la main gauche à son échine dépourvue de souplesse et devenue d'une inquiétante sensibilité.

—J'ai vu le signal, ange de ma vie, dit-il, et je suis accouru... à votre paradis.

—Ange de ma vie est exagéré. Combien en avez-vous eu comme moi!

—Je ne compte plus mes conquêtes,—il faut dire les femmes qui m'ont conquis,—mais je les estime à leur valeur. Jamais, jamais, non jamais, je n'ai vu une merveille qui vous puisse être comparée. Et s'il m'est permis de dire que j'ai vaincu parfois, nulle part ce ne fut avec tant de joie.